Baito, pas baille tôt

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Chers fidèles, l’heure est venue de vous pavifier.

Et comble de chance, pour un billet que je vous promets depuis facile un an : sur mon expérience en tant que baito.
Et comme vous l’avez attendu l’équivalent d’une vie, vous en aurez pour votre argent car il va être inutilement LONG.

Il me semble avoir expliqué un million de fois ce qu’était un baito, mais comme y’a toujours deux trois nullos dans mon entourage qui se foutent royalement du Japon et oublient au fur et à mesure ce que je leur dis – moi qui suis pourtant passionnante – je me sens obligée d’en remettre une petite couche.
Donc un « baito » c’est un petit boulot, de type job étudiant ou job alimentaire. Ca vient du mot travail en allemand soit « arbeit », prononcé « arubaito » car les Japonais sont nuls en prononciation et contracté en « baito » parce qu’en plus de ça ils sont flemmards.
Ne parlant pas un mot d’allemand à part le tristement célèbre « arbeit macht frei », j’ai failli intituler cet article « Le baito rend libre » mais je me suis souvenue de mon billet précédent sur l’humour et me suis faite à juste titre la remarque que s’il y a encore un sujet d’humour noir qui fait grincer en France, c’est bien celui-là.
Et comme je n’ai pas encore renoncé à une carrière faite de célébrité, de Rolls Royce, de soirées branchées chez Paris Hilton, de foie gras dans mes raviolis et de caviar dans mon champagne ( ?), je préfère ne pas me mettre les médias à dos avec un titre douteux et avorter ma future carrière de Jet Setteuse.
Donc sachez qu’à l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas comment je vais intituler ce pavé et que je suis en plein désarroi. Ma vie est décidément trop dure.

Bon, comme j’aime vous embrouiller et raconter ma vie dans le désordre, on retourne cette fois fin juin 2010.
Rappel de la situation pour les futurs Alzheimer : à l’époque j’étais étudiante et donnais des cours de français dans des cafés à une bande de sociopathes ahuris (cf. Carrière Ephèmere) pour survivre.
Seulement voilà, au bout de quelques mois et pour diverses raisons, il n’était plus envisageable de continuer à vivoter de ces petites leçons hebdomadaires.
Déjà pour la très bonne et très simple raison que j’avais envie de jouer à Kill Bill avec 80% de mes élèves et les embrocher au bout d’un katana en trophée sur mon mur, mais aussi parce que la Golden Week (première semaine de mai où se suit une série de jours fériés) avait eu sur eux le même effet qu’une raclette party en plein régime draconien ou qu’une pause assise le cul parterre en pleine montée du Mont Fuji : ils avaient été coupés dans leur élan.
Après une pause d’une semaine, même les plus assidus avaient du mal à s’y remettre et enchaînaient les annulations de dernières minutes.
Pire, au mois de juin une de mes meilleures amies d’enfance avait prévu de venir me voir deux semaines. Imaginez les conséquences qu’ont deux semaines de blanc sur leur motivation quand on voit que y’avait déjà plus personnes après cinq pauvres jours fériés en mai.

Début juillet, juste après le départ de mon amie, j’ai pris quelques jours pour moi pour enchaîner les examens de Japonais : JLPT niveau 1, STBJ et BJT (ces deux derniers étant des examens de japonais mais de « Business Japanese »). J’avais pensé vous faire un billet sur le sujet un jour mais… j’y ai renoncé car pas de quoi en écrire des tartines. Par contre s’il y a quelques brebis égarées qui ont des questions, n’hésitez pas à me contacter en privé.
Tout ce qu’on retiendra de ces examens, c’est que venant de passer deux semaines à faire la touriste et la fête avec ma copine, je n’avais pas ouvert un seul bouquin en y allant, que j’étais persuadée de tous les rater mais que finalement, par un merveilleux miracle (ou serait-ce le génie ?) je les ai eus au niveau un.
Donc au début de l’été, me voilà débarrassée. J’ai passé tous les diplômes que je voulais avoir, je n’ai quasiment plus d’élèves, je suis devenue allergique aux leçons de français et n’ai aucune motivation pour en chercher de nouveau donc il est temps de trouver un vrai baito.
Et cela au plus vite si je ne veux pas me retrouver sous un pont.

La Quête du St Baito

1- Postuler – 応募

Et là, c’est le blanc total. Où chercher ?
Si aujourd’hui je saurais conseiller n’importe qui selon le profil – en tout cas sur Tokyo – il y a deux ans je ne connaissais personne, n’avais aucune expérience et n’avais surtout aucune idée.
Pendant mon année à Osaka, j’avais fait quelques petits boulots ponctuels pour faire un peu d’argent de poche comme des corrections de rapports en français d’étudiants Japonais, un ou deux cours de soutien par-ci par-là ou encore l’enregistrement en studio de dialogues pour un manuel scolaire de Français (expérience bien sympa soit dit en passant, même si mon ami – et collègue pour l’occasion – aura retenu qu’il ne faut pas boire un coca pendant sa pause, car quand on rote dans le micro du studio ça passe aussi inaperçu qu’un sumo se faisant dorer la pillule sur la plage.

Mais le fait est qu’à l’époque je recevais trois bourses scolaires différentes donc n’avais pas forcément besoin de travailler à côté de l’université, d’autant plus que c’était les beaux jours où l’euro valait un peu plus qu’un billet de monopoly (1 euros = 165 yens à l’ époque) donc je dois bien l’avouer, cette année-là j’en ai bien profité sans en glander une.
En arrivant à Tôkyô je ne connaissais personne, je n’avais aucune connaissance française à part mon amie Claire, aucune idée de l’expérience des autres ni même où chercher.

Vaccinée contre les cours de français pour un moment, je ne vois rien d’autre que serveuse dans un restaurant/café.
Un peu à contrecœur je dois le dire, puisque je suis un concentré de Mr Bean et Pierre Richard et que j’ai la tremblote rien que de m’imaginer porter un plateau dans une salle bondée.
Mon amie Claire ayant elle-même été exploitée jusqu’à l’os pour trois sous travaillé pendant deux mois dans un restaurant français et ayant gardé un souvenir peu flatteur de son patron, c’est tout naturellement qu’elle me propose de postuler chez la concurrence dont elle me donne les coordonnées.
Je prends contact avec eux, mais malheureusement ils viennent tout juste d’embaucher un nouveau staff et ne recrutent pas pour le moment. Ils me proposent de leur envoyer mon cv quand même pour me contacter par la suite s’ils ont besoin.
J’obtempère et pars à la recherche d’autres restaurants français ou européens acceptant bien généreusement de me payer pour casser des verres et faire tomber des assiettes brulantes sur la tête des clients.
Je ne sais pas si ce n’était pas la bonne saison, la bonne période ou si je pue les deux bras gauches à dix kilomètres mais le fait est que j’ai enchaîné les refus, les « on ne recrute pas pour l’instant » et autres.

Lassée de postuler pour rien, je décide d’arpenter les rues près de l’école et de mon domicile et noter les établissements proposant une gastronomie européenne et arborant à l’entrée les mots magiques « アルバイト募集中 » (arubaito boshû-chû) soit « Nous recherchons un arubaito ».
Sauf que comme dans ma vie rien n’est rose – à part peut-être mon blog et la décoration de ma chambre, je vous l’accorde – ça ne s’est pas forcément mieux passé.

Là j’ai eu droit à un autre type d’excuses : celle de « on ne recrute pas pour l’instant » n’étant pas un joker jouable, j’ai eu la joie de goûter les plaisirs de réponses un peu plus cash comme « mais vous comprenez, vous êtes Blanche, nos clients pourraient être choqués ou mal à l’aise car ils ne sont pas habitués ».
Bien.
En attendant, c’est quand même la gastronomie du pays de la Blanche qui ravit les papilles de tes pétochards de clients, connard.

Je postule chez un boulanger près de chez moi, un peu moins frileux, mais qui refuse quand même de me mettre en caisse en un premier temps : il préfère me proposer un baito d’assistante, derrière aux fourneaux. Seulement avec des horaires de 3h du matin à 12h, même si c’est payé double, ce n’est pas compatible avec l’école donc j’abandonne.
Dommage, mon grand-père ayant été boulanger (et même – attention, minute fierté – sacré meilleur boulanger de France en 1952), j’aurais bien aimé faire ça pour suivre ses traces quelque temps.

Dans les autres refus notables dont je me souviens encore deux ans après, il y a aussi eu un café français (tenu par des Japonais) pas très loin de mon école qui proposait lui aussi un poste de baito. Quand je passe le matin et remarque l’annonce, le café est encore fermé. Je décide alors de relever le numéro de téléphone et d’appeler plus tard.
Lorsque j’appelle, on me passe le manager qui me répond cordialement jusqu’à ce que je lui dise que je suis française, flattée de me rendre compte qu’il ne s’en était pas aperçu jusque-là. L’autosatisfaction ne dure qu’une seconde puisque très vite il change complètement d’attitude, manifestement embêté. Il me demande si j’appelle selon la recommandation de quelqu’un et bêtement je lui réponds que non, que j’ai juste vu l’affiche en passant. Il saute sur l’occasion en se débarrassant de moi d’un « désolé, en fait nous venons juste d’embaucher le staff que nous recherchions, nous ne recrutons plus pour l’instant ».
Suspicieuse de ce revirement de situation, je demande à mon amie Sumaï (qui elle, étant asiatique, a trouvé deux baito en moins d’une semaine…) d’aller les voir pour demander si elle peut postuler.
Comme je m’en doutais, ils lui proposent de déposer son cv et de la rappeler plus tard.

Sumaï me propose d’essayer des sites de petites annonces comme baitoru.com ou jobsense car c’est là qu’elle a trouvé ses baito.
Le soir même je m’inscris et fais des recherches sur Tôkyô avec des mots clés comme « France », « Français », « Langues » etc.
Je tombe sur une entreprise qui organise des mariages à l’européenne avec des menus, décorations et animations qui se veulent « typiquement français ». Je me dis qu’une Française dans le décor ne devrait pas faire tache, après tout quoi de plus typiquement français qu’une Française ?
Je téléphone une nouvelle fois. Et je peux vous dire que même si je raconte ça vite fait, en vérité il m’en coûte. J’appelle, mais après 10 minutes de préparation psychologique et à coup de mal de bide et de palpitations. Déjà que je ne transpire pas la confiance en moi, après tous ces refus enchaînés je commence à franchement être négative.
Encore une fois, on est très cordial avec moi, on me demande si j’ai de l’expérience dans le service et je réponds que malheureusement non, à part du service en salle dans des foyers de personnes âgées en France.
En France ? Ah oui, au fait je suis française.
Encore une fois, je sens le ton changer. « Ah oui, en fait vous êtes française… Écoutez je ne pense pas que cela va être possible… »
– A cause du manque d’expérience ?
– Non, mais vous comprenez nous organisons des mariages coûteux et notre service doit être irréprochable et surtout très poli. Vous êtes étrangère donc vous ne savez pas manier les formules de politesse.
– Je suis actuellement une formation de japonais des affaires dont une partie des cours essentiellement portée sur le Keigo (formules de politesse), je pense être tout à fait capable de servir les clients en utilisant ces formules.
– Je ne pense pas que vous ayez le niveau. Vous ne devez pas connaître les formules comme « gozaimasu », « itashimasu » etc.
– Je les utilise avec vous en ce moment même.

Blanc au téléphone, un point pour moi.

« Oui mais vous avez un accent. Et comprenez qu’un accent, dans un établissement comme le nôtre est dérangeant pour nos clients. Nous exigeons un japonais parfait. Je suis désolée mais ce sera non. »
Et là, sur ces belles paroles, je me fais superbement raccrocher au nez.
Sympa la boite polie au service irréprochable.

Si les refus précédents m’avaient déçue sans m’atteindre réellement, j’avoue que celui-là m’a été relativement dur à encaisser.
D’autant plus dur à accepter qu’après ces quelques semaines, ma situation financière est des plus précaires.
Non seulement je n’ai plus vraiment de revenu, mais en plus j’ai des problèmes dentaires dont le devis s’élève à plus de 1000 euros. Déjà que je ne sais pas trop comment bouffer je ne vois pas comment payer 1000 euros de dentiste.
Le prêt étudiant que j’ai fait, censé couvrir mes frais de scolarité, part donc en partie remplir les fouilles de mon enfoiré de dentiste.
Je ne sors quasiment plus car les Japonais ayant une toute autre perception du concept de pauvreté, mes amis ne me proposent que des soirées à 50 euros en moyenne.

Bon, on repart de zéro, il est évident que je m’y prends comme un manche.
Au lieu de penser proximité, il convient de viser des quartiers où il y a beaucoup d’étrangers donc des établissements susceptibles de vouloir un staff bilingue ou trilingue et où les yeux king-size ne choquent pas le client. Roppongi, Ginza, Shinjuku etc.
Ensuite, ne plus cibler les établissements qui se disent français, mais les établissements ayant dans leurs critères d’embauche un mot sur le staff étranger.
Je recommence donc mes recherches sur les sites d’offres de baito, mais cette fois avec les mots-clés « 外国人OK » ou « 外国人歓迎 » (soit « Gaijin – étranger – OK », ou « Gaijin bienvenu »).
En France je n’ai jamais vu d’offre d’emploi ayant la petite astérisque « on accepte les étrangers », mais que voulez-vous, au Japon parfois on en est encore là.
S’il y a des milliers de petites annonces sur Tokyo, avec ces mots-clés tout de suite le résultat se trouve réduit à quelques dizaines.
Et dans ces quelques dizaines, 80% visent Chinois, Coréens ou anglophones natifs.
Mais quand même, on trouve.
Je repostule à plusieurs entreprises et cette fois ça s’enchaîne plutôt vite en fait.
En moins de 24h, je décroche un baito pour un magasin de vêtements. Super enthousiaste je suis ! … Jusqu’à ce que je découvre qu’on ne me propose pas un poste en magasin, mais dehors dans le cagnard pour distribuer des prospectus en hurlant des slogans sur les diverses campagnes en cours, au milieu d’une foule qui s’en tamponne le coquillard et ce, pendant 8h d’affilée.
J’hésite entre ma situation de Cosette et ma fierté.
Est-ce que j’ai envie de faire ça ? Franchement non, je pense que je vaux un chouya mieux.
D’un autre côté, je n’ai vraiment pas le choix.

Heureusement, très vite on me contacte pour un entretien dans une entreprise que j’ai décidé de renommer Matsukage pour ce billet.
C’est une entreprise qui est dans la réparation d’ordinateurs portables et d’iPhones. Ce n’est pas le rêve de ma vie, ni même très féminin, mais dans son annonce l’entreprise avait l’air demandeuse d’étrangers (et après des refus à faire pleurer SOS Racisme, ça me paraissait important), les horaires étaient libres et puis surtout, c’était une entreprise.
Je m’étais dit en postulant que travailler dans une entreprise pouvait m’apporter un peu plus sur mon CV qu’un baito de serveuse en restaurant pour ma recherche d’un véritable travail, car même si je ne cherche pas à faire carrière dans la réparation d’ordinateur ça pouvait montrer que j’étais capable de m’adapter dans une compagnie japonaise.

En un premier temps, on m’envoie un questionnaire à remplir par email (ce qu’ils appellent « entry shit » (エントリーシート) qui sert de présélection.
Quelques questions sur les motivations, sur son parcours, sur ses compétences, mais aussi des questions de personnalité du genre :
« Vous êtes dans une pièce où la fenêtre est ouverte. Un insecte volant entre dans la pièce, vous avez sur une table un spray insecticide et une tapette, que faîtes-vous ? »
Ce à quoi j’ai répondu par un truc bidon du style : « Je n’aime pas les insectes mais me refuse à les tuer. Je l’aurais donc guidé jusqu’à la fenêtre avec la tapette, puis l’aurais refermée dès qu’il serait retourné dehors ».
…Ce qui est évidemment un mensonge éhonté puisqu’en vérité il est évidement que je serais devenue hystérique et me serait enfuie en pleurant dans une danse de la panique des plus pathétiques.
Quelques jours après leur avoir renvoyé leur entry shit, je suis convoquée pour un entretien.

Le stress.
Je n’ai encore jamais passé d’entretien au Japon et malgré avoir postulé à des dizaines d’offres en quelques semaines poussée par la menace d’une banqueroute imminente, quelque part je n’étais pas trop pressée d’en avoir un.

2 – Le CV – 履歴書

Je commence par me débarrasser du plus chiant, soit l’écriture du cv. Car sachez qu’au Japon, si on peut postuler en un premier temps par Internet en envoyant une version électronique, pour l’entretien la coutume veut qu’on apporte un autre CV, écrit à la main.
Bon, profitant de notre visage pâle on peut tenter le Gaijin Smash du « je savais pas » et en apporter un imprimé qui aujourd’hui est excusé plus facilement qu’il y a quelques années, mais venir à l’ancienne avec son cv écrit à la main peut évidemment faire preuve de véritable motivation et vous apporter quelques points en plus.

Car si en France, on peut profiter de son cv pour montrer sa personnalité et ses compétences en informatique en faisant péter le design, au Japon comme d’habitude, moins on exprime qui ont est et mieux c’est.
Pas de mise en page originale, pas de couleur, pas de cv personnalisés. Donc en apporter un imprimé n’est gage que de votre flemme, puisque son apparence ne divergera pas d’un cv écrit à la main.
Bref, la version officielle étant qu’un cv à la main montre à la fois votre motivation et votre personnalité (écriture soignée signe de sérieux, bla bla), mais je crois qu’en fait c’est juste pour vous faire chier à coup d’heures perdues à écrire des dizaines de cv au lieu de regarder Dr House, de tendinite au poignet et autres arrachages de cheveux quand, à l’avant-dernière ligne de votre cv, vous ratez votre kanji et devez tout recommencer dès le début. Car il va sans dire que les ratures et le blanc sont proscrits, évidemment.

Les cv vierges s’achètent en magasin un peu partout (vous en trouverez généralement dans tous les combini), je ne me souviens plus exactement mais ça doit être entre 300 et 500 yens (soit environ 3 et 5 euros) pour les dix cv. Il existe plusieurs modèles, sensiblement différents selon le type poste pour lequel vous postulez, donc vérifiez bien que vous achetez un CV pour arubaito et pas pour un vrai poste d’employé ou autres.

On va prendre une belle photo de soi constipé en habits de pingouin au photomaton du coin et en voiture Simone.
Pour vous donner un exemple de ce que donne un CV écrit, ça donne à peu près ça niveau allure et contenu.

 

1) Nom, prénom, date de naissance, adresse, sexe, mail, etc.
2) Parcours scolaire. On écrit d’abord l’année, puis le mois, et ensuite le nom de l’établissement. Le parcours s’écrit du plus ancien au plus récent (sens inverse que nous donc) et on doit écrire deux lignes pour chaque formation. Une ligne pour l’année du début de formation et une nouvelle ligne pour préciser l’obtention du diplôme.
3) Expériences professionnelles, baito ou non.
4) Précision du type de travail qu’on souhaite faire
5) Les jours où vous êtes disponibles dans la semaine ainsi que les horaires. Enfin, sur quelle durée vous prévoyez de faire ce baito.
6) Vos permis, diplômes supplémentaires etc. (Par exemple, c’est là qu’on écrira les diplômes annexes tels que le JLPT, TOEIC, permis de conduire etc.)
7) Votre ligne de transport ainsi que le temps de trajet entre votre domicile et l’entreprise pour laquelle vous candidatez (et comme l’entreprise rembourse généralement les transports, ça lui permet aussi d’évaluer combien elle doit vous dédommager par mois), et si vous avez des personnes à charge (l’entreprise peut prévoir un petit plus sur votre salaire pour y pourvoir).
8 ) Le salaire que vous aimeriez ou autre (pas obligé d’écrire quelque chose).
Je voulais vous faire un topo plus détaillé de l’écriture du cv et les différences avec les autres mais comme ce pavé est déjà bien assez long, j’y reviendrai quand je parlerai de la recherche d’un vrai emploi. 

Voilà, vous avez des crampes au poignet et des kanji plein la tête, c’est que votre cv est prêt.
Maintenant, il faut assurer l’entretien.

3 – L’entretien – 面接

Bon pour ce qui concerne un petit boulot comme un baito, un entretien est plus ou moins pareil qu’en France je pense, beaucoup moins de pression ou d’enjeu que pour un vrai travail.
Je ne pense pas que ce soit obligatoire pour tout type de baito mais la plupart du temps il vaut quand même mieux se présenter en costume/tailleur. Pour le baito en boulangerie je m’étais juste présentée soignée, mais là pour une entreprise j’ai préféré y aller en costume (pas de jupe pour moi car tatouage… qui ne sont pas les bienvenus au Japon. Donc si vous en avez un, CACHEZ-LE espèce de petit voyou !).
J’ai mis les petits plats dans les grands, j’ai défrisé mes cheveux de moitié de couscous que je suis, me suis bien maquillée, ait enfilé mon masque de fille sérieuse et compétente.
Comme les adresses japonaises sont incompréhensibles, j’ai bien entendu googlé l’adresse et imprimé le plan pour savoir comment trouver l’entreprise depuis la gare et m’y suis rendue juste après les cours.
Je suis accueillie avec le sourire et on m’emmène dans une salle isolée, avec une table de réunion entièrement faite en lego. (… ?)
Pour un simple petit boulot, j’ai trouvé l’entretien quand même bien long et poussé.
Après 20 minutes d’entretien avec le gars des RH, le patron de la boite s’est invité dans la pièce où il m’a questionnée pendant encore presque une demi-heure, puis on m’a donné un test de personnalité à remplir en moins de 15 minutes. Le tout entièrement en japonais bien sur.
Pour les questions, j’ai eu droit du tout au tout, comme par exemple un classique « Pourquoi avoir postulé chez nous ? » auquel j’aurais bien répondu par « Pour pouvoir bouffer et faire du shopping » si j’avais été honnête ; aux questions les plus saugrenues du genre « Vos parents vous ont-ils suivi pour vivre au Japon avec vous ? ».
Mais oui bien sur, ma mère a démissionné sur le champs et mon père a arrêté son business exprès pour venir me suivre dans un petit 20m² perdu dans la jungle Tokyoïte où, ne parlant ni japonais ni anglais, ils se font profondément chier chaque jour que Dieu fait en attendant que je ramène le riz quotidien.

J’ai l’impression que l’entretien se passe plutôt bien mais bon, je ne veux pas vendre la peau du tanuki avant de l’avoir tué et reste sur mes gardes. Le poste ne requiert pas vraiment de besoin linguistique et en plus je n’ai strictement aucune expérience dans le domaine.
Pourtant, la réponse vient très rapidement et oui, je suis prise !

OUF !!! Enfin je peux respirer !

Je serai donc réparatrice d’ordinateur et d’iPhone ! C’est inattendu et pas franchement féminin mais soit !
C’est assez mal payé pendant la période d’essai (800 yens de l’heure) mais peu importe, j’ai enfin un revenu fixe et vais pouvoir sortir la tête de l’eau.

En vérité, cette période de recherche de baito m’a paru une éternité car je postulais partout tous les jours en sortant de l’école et que j’ai essuyé un nombre impressionnant de refus en un temps record.
Mais dès que j’ai compris que je ne m’adressais pas aux bonnes portes et adapté ma façon de rechercher, c’est allé plutôt vite
Au final, j’ai mis « seulement » quatre semaines à trouver. C’est à la fois long et court. Court parce que si on compare à la France, trouver un job étudiant en quatre semaines tient limite du record. Long parce qu’au Japon contrairement à la France les offres de petits boulots c’est quand même pas ça qui manque, mais aussi parce que quand on ne sait pas si on pourra manger le mois prochain chaque jour paraît une vie.

Je dirai au passage qu’en deux ans, je connais déjà un peu mieux les « bons plans » mais surtout les choses ont aussi également pas mal évolué car de nombreuses grandes enseignes comme Softbank, Apple, Uniqlo, H&M ou encore Muji se sont mises à embaucher des étrangers pour servir leurs clients étrangers dans les quartiers très fréquentés. Enseigner le français reste, je pense, la voie la plus « facile » pour trouver un gagne-pain, mais je pense aussi que petit à petit, d’autres opportunités s’offrent aux Occidentaux.

Sonia sur le terrain

1 – 1er Jour

Ayant eu la réponse positive à l’entretien quelques jours avant que le mois d’août, je décide de commencer dès le premier du mois. En plus, avec les congés d’Obon (la fête des morts) qui arrivent, je serai en vacances. Comme je n’aurai pas cours pendant deux semaines et que j’ai vraiment besoin d’argent au plus vite, je demande à travailler à temps plein pendant toute ma période de vacances.
Je commence à 8h et me rend compte que pour être à l’heure, je dois prendre le train de 7h12, donc me lever vers 6h-6h15… C’est beaucoup demander à une marmotte en vacances et évidemment, dès le premier jour je me loupe en me réveillant en sursaut à 6h55.
Sachant que j’habitais à un peu plus de dix minutes de la gare…pour le train de 7h12… je vous laisse faire le calcul.
Le visage dans le fessier, pas le temps de me laver, de me coiffer ou même de choisir mes habits, je prends le premier truc qui me tombe sous la main soit mes habits de la veille… dont j’avais complètement oublié que je les avais justement tachés (tant qu’à faire, autant y aller franchement dans le misérable). Je me prépare aux Jeux Olympiques 2012 en tapant le sprint de l’année jusqu’à la gare, histoire d’être bien en sueur pour compléter ma panoplie de crasseuse.
Il n’est pas encore 7h15 que je rêve déjà de rentrer me doucher.

J’arrive à l’heure mais mon soulagement est de courte durée : je n’ai pas ramené de chaussons…
Apparemment le manager me l’avait écrit en PS de son dernier mail mais comme je suis coquine, j’ai espièglement sauté cette ligne dans ma lecture pour me jouer un tour.
On me propose d’en prendre qui trainent (évidemment trop petits avec le talon qui dépasse piteusement, sinon c’est moins drôle) et je me dis que l’image que je donne doit être à un système solaire de celle de mon entretien la semaine passée où j’étais en costume, coiffée, maquillée…digne.

Malgré ce départ en fanfare, la journée ne se passe pas trop mal même si au final je trouve que chaque premier jour d’un nouveau boulot est relativement détestable.
On ne sait pas trop ce qu’on doit faire, si on doit attendre que quelqu’un vous assigne une tâche ou prendre des initiatives soi-même. Impression de trainer dans les pattes des autres.
Et là-dessus les Japonais, ou en tout cas cette entreprise, n’était pas du genre à venir vous prendre par la main en vous disant « on fait ça, ça et ça ». Chacun faisait ce qu’il avait à faire en vous laissant un peu de côté comme un con, jusqu’à ce que le boss vienne vous dire « bon aujourd’hui tu vas faire ça », et au lieu d’expliquer en quoi ça consiste, il vous remet un classeur pesant une tonne entre les mains : le fameux MANUEL.

Ah la la, le manuel. La bible de tout travailleur Japonais.
Le manuel répertorie toutes les situations auxquelles vous êtes susceptible de faire face et est censé y répondre, imaginez donc un peu son importance capitale !
Diable, cet ordinateur portable a l’écran cassé ? La partie A du chapitre II vous donnera tous les secrets d’un changement d’écran et des branchements nécessaires.
Diantre, ce Mac Book a besoin d’un nouveau clavier ? Le manuel ne vous prévient pas que les ingénieurs d’Apple sont les Marquis de Sade de l’informatique et que vous allez souffrir, mais il vous expliquera quand même comment démonter ce casse-tête américain qui n’a rien à envier à ses compères chinois.
Horreur, vous vous retrouvez face à une situation qui n’est pas décrite dans le manuel ? Et bien c’est que le manuel vous propose implicitement d’aller vous faire foutre.

Et encore, dans la réparation de produits high-tech, même si c’est galère à lire en Japonais quand on est française et qu’on n’y connaît rien, ça reste pratique. Mais il existe des manuels pour toutes sortes de job, comme par exemple caissier en combini.
« Si le client dit ça, répondez ça. Si le client achète ça, proposez ça ». Tout un ensemble de situations et de phrases préconçues qui vont avec, que la jeune recrue se fera un plaisir d’apprendre par cœur à l’arrivée et de vous débiter tel un robot bien programmé.
A tel point, que le jour où, d’humeur taquine, vous allez poser une question qui sort un peu de l’ordinaire à un caissier, il se retrouvera blanc comme un linge, le front trempé de sueur et la lèvre tremblante, les mots « MON DIEU, QUE FAIRE ? LE SAINT MANUEL N’AVAIT PAS PREVU CETTE QUESTION !!! » clignotant en rouge vermeil dans son petit cerveau lobotomisé.
Bref, le manuel, parfait petit guide de la perte de spontanéité et de pensée par soi-même.

Mais passons mes remarques acerbes, comme je le disais pour de la réparation ça reste utile, changer un clavier ne demande pas beaucoup d’improvisation et je doute fortement que la touche B du Mac Book ne me pose une question inopinée au cours de mon intervention.

Bref, je passe environ deux heures à feuilleter la Bible de Matsukage puis décide que quand même ça me gonfle un petit peu cette histoire de manuel, que j’y comprends pas grand-chose car c’est rempli de nom de pièces en japonais et de mots spécifiques que je dois chercher dans mon dictionnaire (et que j’ai sommeil). Au final, je me dis que ça irait plus vite si on me montrait et que je ferais mieux de demander à mes aînés quand je sais pas faire plutôt que de m’entêter et réparer n’importe comment.
Je referme la chose, et je dois dire qu’au grand désarroi du manager je ne l’ai quasiment plus jamais rouvert par la suite.
Heureusement pour moi, j’apprends vite.

L’entreprise compte une quarantaine de personnes dont bien une trentaine de baito. Soit relativement peu de staff stable.
Le boss n’avait pas menti quant à son envie de créer une ambiance internationale et conviviale : la moyenne d’âge est relativement basse (environ 25 ans) et en plus des Japonais, on compte aussi des Chinois, des Coréens, un Mongole, un Thaïlandais, un Malaisien, un Vietnamien et même un Marocain !
Heureuse de trouver quelqu’un qui parle français, je me dis qu’il pourra peut-être m’expliquer un peu comment tourne la boite sans finir avec le manuel comme livre de chevet mais je déchante assez vite puisqu’il n’est là que depuis une semaine, au Japon depuis seulement 6 mois, parle peu la langue et ne comprend pas tout de ce qui se passe autour de lui.
Ah.
Tant pis pour la formation solidaire francophone.

L’ambiance est plutôt sympa, et même si je suis une rebelle du manuel, tout le monde m’accueille gentiment et m’explique patiemment de quoi il en retourne.

La première journée passe assez vite mais je suis crevée et une petite chose m’accable particulièrement : il n’y a pas de chaises.
Dans la salle, il y a environ 6 ou 7 rangées de tables hautes où chacun travaille debout à son poste, sans bouger pendant plus de 9h d’affilée.
Il paraît que c’est pour être plus libre de ses mouvements (oui je veux bien) et rester plus éveillé que sur une chaise où on a tendance à s’endormir (bullshit).
Cette dernière raison est d’autant plus hypocrite qu’un Japonais, quand il veut dormir, être debout est bien la dernière chose qui l’en empêchera, même si il est dehors, en plein Shibuya sur un des endroits les plus fréquentés au monde.
La preuve en image :

(Oui, le dormeur fou de Tokyo, il adore se poser en plein Shibuya ou Shinjuku pour taper sa sieste…)

Donc ça a l’air con comme ça, mais rester debout sans bouger de 8h le matin jusqu’au soir, ça m’a complètement mise à plat.
Les jambes engourdies et douloureuses, je rentre en traînant la patte, ayant à peine la force de faire un crochet dans un magasin pour m’acheter pour l’occasion une paire de chaussons « spécial massage voute plantaire »…

2 – 1ère semaine

Assez rapidement, je prends mes marques au travail. Etre debout toute la journée me tue à petit feu, d’autant plus qu’ayant réellement besoin d’argent pour me sortir des abysses, je décide de faire les plus grosses journées possibles pendant que je n’ai pas école. En effet, l’entreprise n’est pas très regardante sur les horaires et les lois, et j’avoue faire un léger pied-de-nez à mes 28h de travail par semaine autorisées par mon visa étudiant.

Je m’habitue petit à petit aux habitudes japonaises, notamment celle du « chôrei » (朝礼 que l’on peut traduire par « assemblée du matin ») , terme que je n’avais jamais entendu avant de travailler à vrai dire.
Le chôrei, c’est une réunion à la première heure le matin avec tous les employés pour se saluer, faire un point, communiquer les dernières informations concernant l’entreprise, faire la gym au-dessus du toit ou que sais-je encore. Son déroulement diffère selon les entreprises et il existe aussi de nombreuses compagnies qui ont abandonné cette tradition.
A Matsukage, ils la pratiquent encore et tous les jours. Et chaque jour, un des employés doit faire le maître de cérémonie du chôrei. Il appelle les employés le matin pour la réunion, fait les salutations etc. Il répète toute une série de phrases gentiment retenues dans la Bible, verset « Chorei »

Elle consiste à se répartir les tâches ménagères avant de commencer la journée. Il existe une vingtaine de fiches numérotées décrivant chacune une tâche : passer l’aspirateur, compter les stocks de disques durs, vérifier le niveau d’encre des cartouches d’imprimante et le papier etc.
Tout le monde se tient en cercle, le maître de cérémonie vers le milieu tenant un dé en mousse multicolore dans les mains avec des petites girafes dessinées dessus.
Oui, c’est inopiné.
Après les courbettes en cercle de rigueur, le maître de cérémonie balance son dé couleur télétubbies qui déterminera qui se retrouve avec quelle tâche.
Mettons que le dé fasse 4, le maître de cérémonie compte quatre personnes sur sa gauche et commence l’attribution des tâches à partir de cette personne.
S’en suit tout un rituel où il fait des courbettes, appelle le nom de la personne qui doit s’avancer, courbettes, lui donne le numéro de sa tâche, courbettes, le remercie, courbettes, lumbago.
Jusqu’à ce que toutes les tâches soient distribuées et chacun part de son côté avec la fiche qu’il a reçu où il doit noter son prénom et cocher une à une toutes les étapes de la tâche qui lui est attribuée.
Enfin, le maître de cérémonie doit récupérer toutes les fiches complétées et vérifier le travail fait. Si une tâche est mal exécutée, c’est lui le responsable.

Et attention, pas de jaloux. Tout le monde devient maître de cérémonie du chôrei chacun son tour.
Ainsi, mon pauvre ami Marocain s’est vu contraint d’endosser ce rôle dès sa deuxième semaine (soit mon deuxième ou troisième jour) alors qu’il ne parlait que très peu japonais.
Pas d’excuses, pas de « je sais pas parler alors je ne fais pas », même pas de délai. C’est son tour, c’est son tour. Et tant pis s’il y a des silences gênés quand il ne sait plus ce qu’il faut dire exactement.
Le manager (que je vais renommer Bruce) le reprend – pas toujours gentiment – et on se ressaisit, pas de quartier.
Moi qui déteste parler en public et encore plus répéter des phrases pompeuses toutes faites apprises par cœur, j’angoisse dès le premier jour de quand viendra mon tour.

Une fois le chôrei et les tâches terminées, chacun à son poste.
Au début – comme à chaque nouveau – on m’apprend seulement à nettoyer les ordinateurs portables déjà réparés : on se doit de les rendre au client comme s’ils étaient neufs après réparation et donc leur faire un coup de jeune. Je passe donc mes journées à astiquer des portables dégueulasses et essayer de deviner ce que mon client a mangé ses cinq dernières années en passant le pistolet à air sous les touches de son clavier pour virer les miettes.
Mon pote marocain – avec qui je m’entends très bien -, ça fait deux semaines qu’il ne fait que ça, nettoyer des ordinateurs et il en a marre. Bruce semble juger que comme son niveau de japonais n’est pas suffisant pour lire le manuel, alors autant le laisser dans son coin à nettoyer des claviers à la brosse à dents. Ce qui est un peu con, car il s’y connaît en réparation et manuel ou pas, est parfaitement capable de changer un ventilo ou ajouter des barres de RAM. Mais non, on le laisse le chiffon à la main toute la journée.
Tous les ordinateurs sont nettoyés et flambants de neuf, prêts à être envoyés ?
Qu’à cela ne tienne, Bruce lui montre une série d’ordinateurs qu’il vient tout juste de nettoyer et l’assomme d’un «ben recommence».

Bruce a la cinquantaine bien sonnée. Il se teint les cheveux en marron foncé (mais on voit les racines blanches) et se les crêpe à 5 centimètres au-dessus du crâne vers l’arrière. Il arrive tous les jours sur sa grosse moto, casque à la main, habillé de son éternel jean beige et sa veste marron.
 J’ai travaillé 9 mois à Matsukage en tout, je ne l’ai JAMAIS vu habillé autrement.
Il est évident que s’il avait été français, il aurait été un grand fan de Johnny.

Et Bruce, il est juste en dessous du Big Boss, c’est lui qui gère, qui vérifie… qui gueule. Parce que pour gueuler, il s’en donne à cœur joie, on entend que lui du matin au soir.
Honnêtement, il me terrifie.
Je le trouve même parfois vicieux, comme sa façon de faire recommencer éternellement le même nettoyage pour ne pas avoir à donner d’autres tâches.
Mon pote ne tarde pas à le renommer « la Vieille Pute » – en français dans le texte – ce qui, comme je suis puérile, me fait ricaner sous cape bêtement.

Dès le deuxième jour, on pense que je peux faire autre chose que du simple nettoyage et on m’attribue le traitement des nouvelles arrivées en réparation.
Ouvrir le colis reçu (les demandes de réparation se font en majorité sur Internet donc peu de clients viennent déposer leur ordinateur directement), vérifier le matériel envoyé, l’étiqueter pour ne pas mélanger les pièces d’une commande à l’autre, brancher l’ordinateur et vérifier si la panne correspond à ce que le client déclare ne pas marcher… et remplir la fiche de nouvelle arrivée.
Fiche qui consiste à tout répertorier : nom et adresse du client, date d’arrivée, lister le matériel envoyé (ordinateur, chargeur, souris etc.), faire une série de tests et cocher ce qui marche et ne marche pas puis à la fin une case vierge où on doit rédiger un diagnostic et ce qu’il convient de faire pour la réparation.

Au début je pense mieux m’en tirer que mon compère en validant l’étape du nettoyage… mais encore une fois je déchante très vite.
Déjà, je mets 50 ans à remplir ma fiche, à force d’écrire sur ordinateur je me rends compte que je ne suis plus capable d’écrire en japonais de tête, je n’arrive plus à visualiser les kanji nettement dans ma tête et les écrire alors que je les connais très bien. Problème de société typiquement japonais soit-dit en passant, la nouvelle génération écrivant principalement sur ordinateur et téléphone aurait de plus en plus de mal à écrire à la main.
Je perds donc un temps fou à vérifier l’écriture des mots sur mon dictionnaire pour me souvenir de l’ordre des traits.
En plus je ne connais pas le vocabulaire informatique japonais, je n’ai aucune idée de comment faire mon diagnostic, ni de quelle façon je dois décrire la réparation à faire…
En un mot : HELP.
(J’empale le premier qui me dit « ben fallait lire le manuel », espèce de premier de la classe !)

Résultat, les premiers temps, je suis une véritable chieuse, appelant mes sempaï (aînés) qui ont l’air sympa en cachette pour leur demander ce que je dois faire exactement.
Je suis lente mais me pardonne – après tout je débute – et dépose à la fin de la journée la pile de mes fiches de nouvelles arrivées dans le casier de Bruce la Vieille Pute.

Le lendemain, dès la fin du chôrei, Bruce m’appelle pourtant de sa voix la moins aimable.
J’ai droit à mon premier savon.
« Nan mais qu’est-ce que c’est que ces fiches ? Il y a des ratures, c’est illisible. Tes diagnostics sont mal rédigés, pas clairs, on ne comprend rien. Oui l’écran ne marche pas, et alors ? Qu’est-ce qui ne marche pas ? Oui Windows démarre normalement, mais jusqu’où ? Jusqu’au logo ? Jusqu’au bureau ?? Il nous faut des détails ! Comment veux-tu qu’on puisse passer en réparation directement avec un torchon pareil ? Tes fiches ne servent strictement à rien et il faut tout recommencer. Tu recommences – et rapidement parce qu’on a perdu une journée là – et tu me les apportes directement pour que je vérifie. Applique-toi cette fois. ».

Déconfiture totale.
Et le manuel qui n’explique pas comment étrangler Bruce et se débarrasser du corps en toute impunité ! Raaah.
Je suis dépit et tourmente

Je recommence donc à l’aide de mes sempaï Japonais qui me dictent quasiment chaque phrase et le jargon à employer. Je compare avec leurs propres fiches, reprends leurs phrases pour les mêmes pannes.
Ce pisse-froid de Bruce en aura les poils collés au slip de mes super fiches trop parfaites !
Je m’avance fièrement (ce n’est évidemment que fanfaronnade, je suis une couille molle et j’y vais à reculons) et lui tend mes fiches, tremblotante conquérante.
Bruce lit et trouve encore quelque chose à redire, me fait récrire quelques passages. Je le trouve de mauvaise foi et suis persuadée que si c’était un ancien qui avait rendu ces fiches, il n’aurait rien dit.

Dépitée je retourne à mon poste.
Toute cette semaine-là, le vil faquin me collera aux basques en vociférant des reproches sur mes fiches.

Le soir, avant de partir, on se doit de nettoyer notre espace de travail. A chaque rangée de table, il y a environ 6 à 7 personnes qui travaillent, et chaque rangée possède sa couleur.
A la table rouge, tout le matériel est étiqueté de gommettes rouges, à la bleue de gommettes bleues et ainsi de suite.
Avant de partir, on doit donc tout nettoyer, ranger et vérifier qu’on n’a pas volé la paire de ciseau des Jaunes pour la mettre chez les Rouges (pour un peu on verrait presque Denis Brogniart venir commenter du haut de son hélico).
Et on doit aussi vider la poubelle qui est au milieu de la table.

Une fois son espace nettoyé, on met son nom sur la fiche de départ et on attend que Bruce vienne checker qu’on a bien rangé, qu’il signe et enfin on peut rentrer chez soi.
Je nettoie mon espace de travail, vais inscrire mon nom et attend – anxieuse, comme à chaque fois qu’il est à moins d’un mètre – qu’il ait fini de vérifier l’espace des autres.
Mais pendant ce temps, les gens de ma rangée continuent de travailler et rejettent des déchets dans la poubelle. Evidemment quand Bruce La Terreur arrive, la seule chose qu’il voit c’est que la poubelle n’est pas vide.
Deuxième savon que je me prends en seulement quelques jours.
Je me fais fustiger comme si j’avais volé le sac de riz d’un crève-la-faim pour mon manque de savoir-vivre, non-respect des règles et j’en passe.
Il prend la poubelle, la met à ma hauteur et la vide parterre sous mes yeux.
Il me montre les déchets tombés au sol : « Nettoie. » et s’en va.

Ce frelampier de Bruce.
Je fulmine.
Je me sens tellement humiliée, j’en ai les larmes aux yeux.

Mon copain de galère Marocain en a ras le bol lui aussi, il ne le supporte plus.
Il me dit qu’il songe à arrêter.
Moi non, quand même, je viens juste de trouver. Et abandonner au bout de quelques jours c’est pas trop mon style. Mais j’avoue que ça me fout un coup, car à part ce vieux schnock tout le monde est plutôt gentil.

A la fin de la semaine, le responsable des RH va voir mon ami pour lui dire qu’ils ont décidé de mettre fin à sa période d’essai et de le remercier.
Lassé d’être mis à l’écart à nettoyer inlassablement les mêmes ordinateurs, c’est limite soulagé qu’il quitte l’entreprise.

Je me retrouve toute seule face à mes démons Bruce.

3 – Neuf mois à Matsukage

Malgré ce départ en demi-teinte et mon incertitude quant au fait de rester longtemps chez eux, il s’avère qu’en fait ça s’est parfaitement bien passé par la suite.
Bruce a continué de me faire la misère pendant environ deux semaines où je le fuyais comme la peste en longeant les murs. Puis un jour il est venu vers moi, m’a dit que j’avais beaucoup progressé, qu’il avait vu que je m’étais accrochée et qu’il était content de moi.
Par la suite, il ne m’a plus jamais fait aucun reproche (même si je continuais de l’entendre vociférer sur d’autres) et je dois même dire que je pense qu’il m’appréciait beaucoup.
Et bizarrement… C’est devenu réciproque.
Sous Bruce La Terreur se cachait en fait Bruce au Grand Cœur…
Mon Dieu c’est tellement beau, on se croirait dans un épisode de la petite maison dans la prairie. J’entends déjà Charles Ingalls préparer son violon pour fêter cette émouvante réconciliation au coin du feu.

La période d’essai était censée durer 1 à 2 mois mais au bout d’à peine trois semaines ils ont décidé d’y mettre fin pour moi et de m’augmenter.
J’ai été de nouveau augmentée un mois et demi après donc même si la paye de départ s’avérait plutôt basse, très vite j’ai été payée normalement pour un baito.

Après un premier mois à faire le maximum d’heures pour pouvoir payer tout ce que j’avais à payer, j’ai décidé d’arrêter de travailler tous les jours pour ne plus dépasser les 28h par semaines autorisées par mon visa et me laisser du temps pour me consacrer à la recherche d’un vrai travail qui me donnerait un visa après l’école.

Petit à petit on m’a appris à faire les réparations, mettre à jour la base de données, gérer les stocks puis au bout de deux mois je suis passée dans l’équipe de réparation d’iPhone, que j’espérais intégrer depuis le début.
Dans la salle de pause, il y avait une pyramide des compétences avec plein d’aimants et le nom de chaque employé écrit dessus. C’était sympa – et encourageant – de voir son nom grimper la pyramide petit à petit.
Pendant ces neufs mois, j’ai vraiment pas eu à me plaindre, tout le monde a été gentil et même si le domaine n’avait rien à voir avec ce que je voulais faire ensuite, je n’ai jamais regretté d’avoir fait ça plutôt que serveuse ou quoi.
Déjà parce qu’à force de rédiger des diagnostics et remplir les fiches, mon japonais écrit est devenu beaucoup plus fluide et qu’aujourd’hui j’ai beaucoup moins de problèmes pour écrire de tête. Ils m’ont énormément fait progresser.
Au final je sais même dire des mots de pièces en japonais que je ne sais pas dire en français et, certes, ça ne me sert pas forcément au quotidien mais je sais bien qu’un jour je sauverai la planète d’une destruction certaine grâce à cela.

J’ai adoré l’ambiance éclectique de la boite, pas seulement au niveau des nationalités mais aussi des horizons.
La plupart faisait ça en tant que job alimentaire pour pouvoir rester libre quand ça leur chantait et s’adonner à leur passion.
Ainsi, j’avais avec moi un Japonais qui avait parcouru les USA et avait appris au pays de la country à fabriquer des guitares.
Un autre était mannequin et acteur à côté et venait travailler hors tournage/shooting. Travailler et déconner avec un tel éphèbe était un plaisir des yeux, je ne vous le cache pas (en espérant qu’il ne lise jamais ses lignes puisqu’il parle français…).
Il a finalement arrêté environ 5 mois après mon arrivée car sa carrière démarrait en Chine.
Il y avait aussi bien entendu des musiciens et je comptais dans mes amis et collègues le sempai de Girugamesh. Je suis pas spécialement fan du groupe, mais comme il savait que j’aimais le rock et le visu, il me parlait souvent d’eux entre autres et me montrait les photos de leurs soirées entre groupes.
Il y avait aussi Yoshikoshi-san, un jeune joueur de Daiko (percussion japonaise) et très connu dans son domaine. Personnage haut en couleur, toujours habillé en tenue de fête traditionnelle et chaussé de sandales de pailles tressées. Il a aujourd’hui sa propre troupe et fait des spectacles et des représentations lors des matsuri dans tout le Japon.
Un autre, professeur de guitare et guitariste lui-même dans un groupe, est devenu comme un grand frère. Il m’écoutait et me donnait plein de conseil pour ma recherche d’emploi tout en réparant nos iPhones et même quand j’ai quitté le baito, il continuait à me donner des conseils par messages.
Chacun avait sa propre vie et ses rêves en dehors de Matsukage, et on se les partageait les quelques jours par semaine où on se voyait.
Honnêtement je n’ai que de bons souvenirs des moments avec eux.

Et alors pour les dubitatifs qui se demandent « Elle se dit maladroite et pas foutue de servir un verre mais elle sait réparer un iPhone ? ».
Soyez lucides enfin.
J’ai évidemment cassé environ autant de pièces que j’en ai réparé.
Il était régulier de me voir ramper à quatre pattes entre les tables, l’œil paniqué et les frisettes hirsutes aux aguets à la recherche d’une vis, d’un boulon ou autres que j’avais fait tomber sur le sol – EVIDEMMENT GRIS – pour finalement abandonner au bout de 20 minutes et aller piocher en cachette dans la pochette à vis de secours pour tenter de trouver la même.
J’ai cassé bien deux trois cadres aussi quand je devais démonter un portable pour changer l’écran… Et contre toute attente, Bruce devenu Bruce Le Clément me gratifiait d’un chaleureux « Si tu fais des erreurs, c’est seulement la preuve que tu travailles. Ceux qui ne font rien ne cassent rien ».
Oui, certes.
En tout cas, il est bien loin le gougnafier qui me vidait ma poubelle sur les pieds.

Pareil pour les iPhone, une fois sur deux où je changeais un écran ou le panel tactile, je défonçais le bouton Home au passage… Heureusement que Big Boss n’était pas très regardant sur ses stocks de bouton Home et que mes conneries faisaient tellement rire mes compères qu’ils ont jamais rien dit. Ca les fait encore rire plus d’un an après… Je suis concentrée, toute à mon opération, puis d’un coup je lâche un « Putain » horrifié, relève mon visage déconfit et annonce sombrement « J’ai encore bousillé le bouton Home…pourtant j’ai fait attention cette fois ! », la larme à l’oeil.
Un classique.
Big Boss était malheureusement persuadé que j’étais une de ses meilleures recrues… Je me sens coupable.
Je dirai pour ma défense que c’est vraiment de la merde ces petits trucs, surtout pour les versions 3G ! Les ingénieurs d’Apple sont définitivement des suppôts de Satan, cela va sans dire.
Que ces baudets soient châtiés avec du nattô dans les narines !

Mais bon, pour certains types de réparations j’étais pas trop mauvaise et pour tout ce qui était du reste (diagnostics, rédactions, mise à jour de la base de donnée, accueil des clients etc), je faisais tout bien donc ça me rattrape.
Oui, je me cherche des excuses là, mais c’est mon blog donc je fais ce que je veux.

Franchement j’ai encore un million d’anecdotes à vous raconter qui me font rire quand j’y repense. Mes bourdes comme la fois où j’ai vexé Big Boss quand j’ai cru qu’il m’avait offert une merde au 100 yens shop du coin alors que c’était un cadeau souvenir ramené d’Italie (oui mais j’avais vu les mêmes au 100 yens shop j’y peux rien !) … Ou encore la passion pour les animaux de Big Boss qui transformait au fil de ses lubies la salle de pause en aquarium, quartier général de tortues, villa de hamster et autres…(jusqu’au jour où ils se sont barrés dans la boite et bouffé les fils)…

A Matsukage c’était pas toujours tout rose et le management pas terrible, pas mal des employés étaient exploités et privés de vie privée… mais j’ai décidé de ne pas aborder le sujet parce que finalement ça ne me concernait pas moi, qui en tant que baito était relativement libre et qui ait toujours été bien traitée.
Et pis j’aurai bien assez à dire sur ma propre expérience l’année suivante dans une autre entreprise donc restons sur du positif.
Finalement, Bruce n’était là que pour tester et pinailler pour voir si on était résistant mais pas méchant du tout.

Aujourd’hui, j’ai gardé contact avec tout ce beau monde, notamment grâce à la magie Facebook.
On s’est revu deux fois, la première fois quand j’ai arrêté au mois de février pour commencer mon vrai travail, et une autre fois quelques mois après le 11 mars pour savoir où tout le monde en était.
On parle actuellement de se revoir encore une fois incessamment sous peu, ça me ferait plaisir.

En juin de cette année, Yoshikoshi-san m’a invitée à aller voir un de ses spectacles de Daiko. Même si je savais tout ce qu’il faisait et le voyait toujours habillé en tenue traditionnelle, c’était la première fois que je le voyais sur scène.
J’ai énormément apprécié ce moment et le fait qu’il m’invite alors que ça fait un an et demi qu’on ne travaille plus ensemble.
Je trouve que c’est tellement rare de pouvoir entrer dans la vie des Japonais et créer des liens au point de pouvoir voir leur « vrai visage » et non le masque qu’ils portent au travail.
Je terminerai donc ce billet bien trop long sur une petite vidéo que j’ai prise de son spectacle. Vidéo pas très bien prise et pas au moment le plus acrobatique ou impressionnant, mais comme j’étais la seule à sortir mon téléphone, j’osais pas trop.
Et pis arrêtez d’être chiants avec vos réclamations hein ! C’est qui le chef ici ?
Regardez et en silence !

PS : Quelques liens utiles pour ceux qui seraient amenés à chercher un baito au Japon :

Sites exclusivement pour les étrangers (qui ne proposent pas que des baito mais aussi des vrais jobs) :
Gaijin Pot
Daijob

Sites japonais mais proposant aussi des baito pour les étrangers (Ciblez bien vos mots-clés) :
CCFJ (Centre Culturel Franco-Japonais)
Baitoru 
JobSense
Arubaito Ex 
Career Jet

4 ans déjà !

      23 commentaires sur 4 ans déjà !

Le blog fête ses 4 ans !

Je crois que c’est la première fois que je lui fête son anniversaire, mais ce blog étant né un 26 juillet 2008, il fête aujourd’hui ses 4 ans !

Yahooooouu !

Qui eut cru que je tiendrais aussi longtemps finalement ?
Bon CERTES, je ne suis pas régulière. Certains d’entre vous ont déjà attendu de longs mois, la toile d’araignée au coin de l’oeil et la tendinite au doigt à force d’appuyer désespérément sur la touche actualiser, avant que je ne daigne vous pondre trois lignes… Mais quand on sait que TOUS mes autres blogs sont morts au bout de 3 billets maximum, on se dit que finalement, ce blog est un rescapé.
Celui qui a survécu.
L’Elu.
L’Harry Potter de la blogosphère.

D’ailleurs il a au final pas mal évolué, n’étant à la base qu’un blog de blabla (mon premier post parle quand même de mon bol de nouilles…) dont seules deux ou trois amies connaissaient l’adresse, puis est passé à un blog normal pour tenir au courant famille et amis de mes (més)aventures et il est enfin aujourd’hui un lieu de mauvaise foi et défouloir où il fait bon commérer sur les Japonais et leur pays incompréhensible.

De deux trois copines en mal de mes nouvelles, je suis passée à une poignée de fidèles, une fanpage, 79 gentils qui l’aiment et bientôt un compte Paypal où vous pourrez faire vos dons généreux pour que je m’achète des fringues et me la coule douce sur la plage toute l’année pendant que vous trimez comme des braves.

Malgré mes glandages intempestifs, j’ai quand même publié 65 articles ! Ca vous la coupe hein !

Et parmi ceux là, le top des plus lus :

1 – Le Japon de vos rêves (3951 visites)

2 – Les Sumo tant attendus (2005 visites)

3 – Fléau (1216 visites)

4 – St Valentin et White Day (824 visites)

5 – Carrière Ephémère (758 visites)

Le plus commenté :

Fléau (43 commentaires)

Le plus partagé :  

Le Japon de vos rêves (128 fois)

Celui dont on me dit souvent qu’il vous a fait pleurer/bouleversé :

Vendredi 11 mars 2011

Celui dont on me dit souvent qu’il est le plus drôle/incroyable :

14 juin 2005

(Qui je dois l’avouer, est mon préféré. Je me remémorerai cette journée jusqu’à ce que je sois vieille et flétrie dans mon lit.)

Comme quoi l’article le plus drôle et le plus triste sont tous les deux titrés d’une date.

En 4 ans j’ai eu plus de 68000 visites (pour seulement 819 commentaires en comptant les miens, bande de radins !), et je suis parfois perplexe sur les mots-clés qui vous ont mené de Google-votre-ami jusqu’à mon petit QG à gribouilles roses.

Florilège :

« vous avez déja rêvez de vous réveillé aux coter de megan fox »

-> Comme je doute que le coquin ait trouvé la réponse sur ces pages et qu’il a dû s’en trouver fort frustré, je prends la peine de répondre : non.
Par contre j’ai déjà rêvé que les Français savaient utiliser un participe passé. Utopiste que je suis.

« grognasse »

-> Ben dites donc. Je ne vous permets pas, on ne se connaît pas !

« marre d’être une grosse »

-> Comme je te comprends, moi aussi. Mais dis-toi que ça pourrait être pire, que tu pourrais vivre dans un pays comme le Japon où toutes les filles font 40 kilos, sont considérées obèses à 60 et flottent dans une taille 34.

« vacance ma grand mere m’oblige a me couper les cheveux »

-> Je compatis. Ma grand-mère me coupait les cheveux courts devant et longs derrière, telle la rockeuse de diamant de Catherine Lara. Dure enfance que la mienne, je suis traumatisée et me réveille encore en hurlant, le corps en sueur pour vérifier ma coupe de cheveux.

« tu me manque ma cruche »

-> Merci. Ca me touche.
Mais qui es-tu ?

« marre d’etre pauvre »

-> En gros, si je comprends bien, tous mes lecteurs sont des loosers qui tombent chez moi parce qu’ils en ont marre d’avoir les mêmes problèmes que moi… Y’en a t’il qui en ont marre de ne pas avoir de chance en amour ?

« sonia insulte carrefour »

-> Je n’aurais jamais osé enfin ! Calomnies ! On n’insulte JAMAIS Carrefour !

Et enfin quelques inclassables :

« jai trop envie de te fourrer », « gradin roulant », « je me suis prostituer en chine pour payerma chembre dhotel », « J’aime me faire humilier sexe », « c’est pas merguez c’est trop baléze » (je l’aime bien celui là tiens…), « sexe dans une machine à laver bulle », « bave blanche au coin des levre »... et j’en passe.

Bref, peu importe les drôles de mots qui vous ont mené jusqu’à moi, merci d’être là, d’avoir lu, d’avoir commenté ou partagé.
Mais, juste au passage, si vous faites partie des gens qui ont tapé les mots clés ci-dessus : consultez. 

Backstage/Making-Off/Coulisses :

Les lecteurs là depuis longtemps me demandent souvent si j’ai emporté Maya au Japon (cf, mon syndrome de Peter Pan).
Non, Maya m’attend sagement en France où je tente, tant bien que mal, d’empêcher mes neveux adorés de se l’approprier.
Les jouets de Tata RESTENT et RESTERONT les jouets de Tata, 10000 bornes ou non. Mais quand je reviens en France, je ne manque jamais de la chevaucher en l’écrasant de mon encombrant derrière pour voir si elle galope toujours aussi bien.

On me demande aussi si j’ai toujours peur à la caisse et si j’entasse mes pièces de 1 yen (Cf, Une histoire de sous).
Bon, j’avoue que j’ai pas mal évolué depuis ce temps-là. Déjà le fait d’être à Tokyo maintenant où il y a beaucoup plus d’étrangers fait qu’on ne me regarde plus tellement comme un phénomène de foire et je me sens moins mal à l’aise.
Et aussi le fait de perdre 45 kg m’a aidée à me sentir un chouya moins misérable et j’arrive à affronter un peu les beaux gosses en caisse.
Même que des fois je les affronte pas coiffée, en pyjama les seins tombants, avec des crocs roses aux pieds à 2h du mat pour acheter une glace à la pastèque.
Alors voyez le progrès dans l’estime de soi.
Par contre, je ne sais pas quel était son état d’esprit pour en arriver là, mais je ne suis pas la seule étrangère emmerdée face aux pièces qui servent à rien puisque mon ancienne colocataire m’a gentiment légué une caisse entière de pièces…

(Ah… et deux piles, aussi).

Notez aussi que dans le top des mots clés des moteurs de recherche, il y avait aussi « que faire de ses pièces de 1 yen ».
Tant d’expatriés désemparés face au fléau.
Créons une association.

Trailer/Flashfoward/Promesses tenues dans 10 ans :

Sinon pour ce qui vous attend pour la suite :
– Encore trois posts sur 2010 : 1) ma recherche de baito et mon expérience 2) mon expérience en stage en entreprise et 3) ma recherche d’un vrai emploi (comprenez : vrai contrait donnant sur visa et pas petit job genre baito donc).
– 2011 et ses péripéties : comment j’ai trouvé mon travail et comment ça s’est merveilleusement passé… en détails pour ceux qui m’ont connu via twitter quand je parlais de mes mésaventures jusqu’à mon épique démission. Ainsi que la vie après le 11 mars.
Et après… la nouvelle vie en 2012, des dossiers, des photos bidons, des anecdotes cheloues, plein de critiques méchantes et de mauvaise langue…
Mais d’ici là, vu les pauses que je fais, on sera déjà en 2025 et vous m’aurez oublié donc tant pis.

Bonus/Cadeaux/Carte Fidélité Complétée

Comme je suis une gentille (et que j’avoue que c’est principalement les échanges avec les gens qui me donnent envie de réapparaître pour bloguer), que ça me ferait grave plaisir car c’est mon délire guimauve mais surtout que je suis sans amie et que j’ai que ça à faire : j’enverrai une petite carte postale avec une petite connerie de mon cru écrite derrière à tous ceux qui le souhaiteront en commentaire de ce billet. (Comme le mail est obligatoire pour commenter et que je peux le voir depuis le pannel d’administration, je vous contacterai en pv pour l’adresse)

Connaissances réelles ou non.
Ca m’amusera <3
Pis je dois aller à la poste poster d’autres trucs que j’ai promis d’envoyer donc ça tombe bien.

Et comme d’ici quelque temps on arrivera à 1000 commentaires, et ben si cette 1000ème personne n’est pas moi, j’enverrai un petit cadeau de rien radioactif au gentil scribouilleur en remerciement.
(Mais c’est moi qui choisit hein, je te vois venir toi, avec tes envies d’appareil photo Reflex ou de PS3, non mais !)

Ouais c’est l’anniversaire du blog, c’est la fête.
Je fais comme ces connards de Carrefour qui respectent rien, c’est même pas le début du mois d’août que je fais les offres de Noël.
(Ah mince, on avait dit qu’on les insultait pas…)

Et sur ces belles paroles, je resouhaite un bon anniversaire à mes gribouilles insignifiantes et vous redis merci d’être là.

Comme dirait l’autre, « c’est pas merguez, c’est trop balèze » !

Humour, Gloire et Beauté

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Profitez de ce qui ne saurait durer, j’essaie d’être régulière.
Et pour cause ! Que de réactions suite à mon dernier billet, j’ai été plus que surprise de constater de nombreux partages Facebook, de nouveaux fans sur la fanpage (youhou !), des dizaines de commentaires que ce soit sur le blog, via twitter ou par messages privés et l’audience du site boosté à plus de 300 visites par jour pendant toute la semaine…

Devant autant d’enthousiasme, je n’aurai qu’une chose à dire…  BANDE DE MASOCHISTES !!
Si j’avais su qu’il fallait vous raconter des horreurs pour vous combler, j’aurais partagé ma trouille avec vous plus tôt. Et maintenant que je connais les ficelles de la gloire, des fans (et de la drogue et du sexe qui en suivront), j’hésite à faire un article sur le charme des cigales de la taille d’un orteil dont on retrouve les cadavres en dessous de chaque arbre en été, des corbeaux de Shinjuku à s’y méprendre avec une autruche qu’il vaut mieux ne pas croiser après avoir vu Les Oiseaux d’Hitchcock, des méduses qui viendront pimenter vos baignades estivales ou encore des merveilleux scolopendres des campagnes.
Mais comme j’aimerais bien dormir la nuit plutôt que de repenser à la merde que je vous raconte, on va passer à autre chose.

Car mon dernier billet a engendré une autre réaction que je n’avais pas envisagée non plus.

Voyez, il existe un site japonais (très intéressant au demeurant) du nom de Searchina qui a une rubrique destinée à présenter les blogs étrangers de nombreux pays sur le Japon. Les rédacteurs choisissent un billet sur les expériences d’un étranger au Japon et en présentent le contenu (en détail ou partiellement) pour en faire un article.
J’avais déjà eu l’honneur d’être présentée une fois sur leur page avec un article sur mon billet sur la St Valentin, que les japonisants pourront retrouver ici.
Et contre toute attente…  ils ont remis le couvert avec mon article sur les cafards japonais.

Enfin, pas sur TOUT l’article… Juste sur la fameuse partie sur les « Japonais face au Fléau », où je les soupçonne de coopérer avec le monstre.
Le titre Japonais de l’article ? « Aussi un sentiment d’affection ? L’étrange relation des Japonais et des cafards » (親愛の情もある?日本人とゴキブリの不思議な関係 en japonais).
S’ensuivait un article on ne peut plus sérieux sur mon incompréhension des habitudes des Japonais à les appeler « Goki-chan », de déposer ses ordures dans la rue et leur permettre un environnement favorable ainsi que leur amour pour les histoires héroïques face à la Chose.
Avec un premier degré à faire pleurer un moine, l’article se terminait sur une phrase disant que l’auteur (en d’autres termes, moi) ressentait comme une forme d’affection des Japonais à l’égard des cafards.

Après avoir lu l’article, je me dis qu’il existe au moins plusieurs systèmes solaires différents entre le ton complètement décalé de mon article et le leur, écrit le plus sérieusement possible.
Sur le coup je hausse les épaules, je suis ici depuis assez longtemps pour comprendre que la culture du second degré et du sarcasme est on ne peut plus française et que ça ne passe pas forcément au Japon, leur journaliste est passé à côté et a pris au sérieux mes déclarations, tant pis.

Sauf que… L’article Japonais est rapidement tweeté plusieurs fois, devient numéro 1 de leur top pendant deux jours et je me retrouve avec près de 1000 visites japonaises dans la journée (sans oublier que selon mes statistiques, mon site a été passé des dizaines de fois à google traduction… ).
Et les quelques réactions que je trouve sur les réseaux sociaux sont sans appel : de l’incompréhension :  « Mais c’est n’importe quoi, je n’aime pas les cafards ! »,  « Elle n’a pas compris, j’ai aucune affection pour les cafards ! »  aux remises en question angoissées :  « Tiens mais c’est vrai ça… Pourquoi on dit « goki-chan », on est bizarre, que faire ?!!!! » …

Ou comment l’humour acide incompris d’une Française qui dit tout le caca qui lui passe par la tête pour se détendre devient une affaire d’État on ne peut plus sérieuse sur l’histoire d’amour cachée et inconsciente des Japonais avec les blattes.

Sur le coup (et aussi parce que ça fait deux fois qu’ils citent mon blog avec une faute dans le titre et que ça me titille le système nerveux quand on sait qu’on vit pourtant à la grande Ère du Saint Copier-Coller), je leur ai écrit pour leur expliquer que c’était du second degré et que, manifestement, leur traducteur était passé complètement à côté de cette partie du billet qui se voulait humoristique (aussi douteux soit mon humour).
Même si je leur ai dit que, maintenant que c’était fait, ils pouvaient laisser leur article tel quel, ils ont choisi de changer une ligne du texte en disant que je trouvais « rigolo le sens de l’humour des Japonais à les appeler « goki-chan ».
Bon, c’est pas ça non plus que je voulais dire, mais c’est pas grave j’ai vu que le cœur y était les gars, je vous pardonne.

Voilà, comme vous l’aurez compris, les Japonais et les Français n’ont pas le même sens de l’humour. Et si toi aussi tu manques cruellement d’imagination et de second degré, sache que quand je parle des poubelles dehors en tant qu’autel rituel pour faire revenir leurs Dieux maudits des Enfers, en vérité je n’ai jamais vu de Japonais sous cape noire dessiner des pentacles avec du sang de corbeau de Shinjuku sur les bouches d’égout pour faire appel, un soir de pleine lune,  à la divinité incertaine qu’est Seigneur Cafard.
Ne sois pas déçu, après tout ils le font peut-être en cachette.

Donc voilà, un nouveau dossier s’impose les enfants.
Il est temps que je vous dévoile quelques secrets sur cette notion nébuleuse qu’est l’humour japonais. Histoire de pas vous prendre des gros bides quand vous croyez votre vanne excellente et de pas passer pour quelqu’un de pas fréquentable (genre…moi).

DOSSIER :

1. Black Joke Prohibited

Toi qui as été élevé aux Guignols de l’info, vénère Coluche, voire apprécie le décrié Dieudonné, remballe tout de suite ce que tu crois être tes meilleures vannes avant de te faire expulser du territoire pour 5 ans.
Ici, l’humour noir n’est ni usité, ni le bienvenu.

Si chaque mort d’une personnalité, fait divers ou péripéties politiques feront naître des vocations de comiques sur tous les coins de la toile et les pires vannes de 140 caractères retweetées inlassablement sur Twitter (qui n’est pas tombé sur le « iQuit » de Steve Jobs…), au Japon on se contente de relayer l’information, avec des commentaires pour ou contre, mais on s’en tient là.
La passion des Français pour se moquer de nos politiques (faut dire qu’il y a matière…) reste un mystère pour les Japonais qui, quoique généralement mécontents de leur gouvernement, ne s’y frotteraient pas.
Alors toi qui voulais parodier le Premier ministre pour faire rigoler la galerie, souviens-toi que la peine de mort n’est pas encore abolie au Japon avant de finir toi-même en blague sur twitter.
Bref, on ne rit ni de la politique, ni de la mort, ni de la maladie, ni des catastrophes (et pourtant au Japon on aurait de quoi faire plusieurs oneman show…). Jamais il ne viendrait à l’idée d’un Japonais de répondre « Ca va, j’ai pas encore de troisième bras » quand on lui demande comment ça se passe depuis Fukushima, alors qu’un expatrié préfèrera souvent détourner le problème avec un « Il me tarde d’être phosphorescent, je payerai moins cher en électricité <3 »
Donc si en France on vous dira qu’on ne peut pas forcément rire de tout, au Japon autant résumer en disant qu’il vaut mieux ne rire de rien pour ne pas se faire taxer de quelqu’un de tout ce qu’il y a de plus hidoi (traduisez par « horrible »…).
On notera au passage le cas des Guignols de l’info qui se sont fait harponner par l’Ambassade du Japon après le 11 mars… C’est vrai que quand on connaît les Japonais, ce genre de blagues est juste impensable ici.
Alors quand on sait qu’un sketch comme celui-ci-dessous me fait pleurer de rire, on se doute que je ne pars pas sans handicap pour m’intégrer dans le monde obscur de l’humour japonais.

2. Adieu ironie et second degré

Ah, les joies de l’ironie, du sarcasme et de la raillerie… Ca aussi, vous pouvez le ranger bien au fond de votre culotte.  Dire exactement le contraire de ce que vous pensez pour exprimer un délectable persiflage de votre cru tombera à l’eau comme un bloc de pierre dans le misérable plouf de l’incompréhension. Le concept de l’ironie reste relativement flou aux yeux de nos amis nipponais.
Je vous plante le décor :
Vous vous baladez nonchalamment dans les rues animées de Shibuya avec un(e) ami(e)  français(e) lorsque vous croisez un énergumène du troisième type : T-shirt jaune fluo, jupe à pois verts et rouges, chaussettes violettes et crocs oranges aux pieds. Le tout avec un serre-tête orné de poupées teletubbies sur la tête (non je n’ai pas assez d’imagination pour inventer ce genre de serre-têtes, au Japon la réalité dépasse bien souvent la fiction, que voulez-vous).
Vous examinez l’étrange apparition de haut en bas, et déclarez :
« Wouah, j’adore son style, très harmonieux les couleurs… Ca fait pas mal aux yeux en plus, c’est bien. »
Et là, comme votre ami(e) est normalement constitué(e), vous l’entendrez vous répondre d’un naturel : « Clair, son tailleur est mort ou quoi ? Putain mais que fait la fashion police ? Y’a agression visuelle là, j’ai perdu un point à chaque œil ».
Vanne réussie, la confrérie des langues de vipère est au meilleur de sa forme, vous pouvez  donc continuer votre chemin le cœur léger en ricanant.

Bien, maintenant on prend le même énergumène, mais cette fois vous êtes en compagnie japonaise.
Vous :  Wouah, j’adore son style, très harmonieux les couleurs… Ca fait pas mal aux yeux en plus, c’est bien.
– C’est vrai que c’est bien quand c’est coloré, c’est joyeux, ça rappelle le printemps !
(sourire radieux et horriblement innocent de votre interlocuteur)

Tragédie, vous voilà tombé dans un monde parallèle où l’ironie n’existe pas…
Fini les « Mmmm, comme  c’est goutu !<3 » quand vous mangez un truc infâme comme le nattô ou les « Mais quelle est ce doux effluve enchanteur ? » dans les transports en commun blindés, sous l’aisselle de votre voisin.

Et là, comme démuni de votre meilleure arme, vous hésitez entre vous ouvrir les veines avec un couteau à beurre ou vous jeter tragiquement du haut d’un trottoir.

Et je ne parle pas seulement d’ironie, le second degré est aussi aux grands abonnés absents des discussions. Dire quelque chose de complètement invraisemblable pour tenter d’obtenir un gloussement, c’est un peu comme partir à la recherche de la fontaine de Jouvence : une quête chimérique vouée à l’échec (sauf peut-être pour Jack Sparrow,qui sait, on aura peut-être l’occasion d’aller le voir conquérir l’humour japonais dans Pirates des Caraïbes 94).
Et comme les Japonais n’ont pas l’habitude de raconter n’importe quoi pour imager leurs récits ou leur donner un côté comique, ça fait d’eux un peuple remarquablement crédule. C’est regrettable à dire, mais les rouler dans la farine est d’une facilité presque triste.
Joueuse, j’ai donc essayé de tester les limites, voir jusqu’où je pouvais aller dans le n’importe quoi… et mon étude a dépassé mes plus grandes espérances.
Ainsi, j’arrive régulièrement à faire croire que j’ai 17 ans, le fait que je sois diplômée d’un master et employée depuis mars 2011 ne semble perturber personne…
J’ai également fait croire à une amie (qui me connaissait pourtant depuis 2 ans) que j’étais issue d’une grande lignée de royauté en Tunisie et que j’étais donc en réalité une princesse… ayant pour preuve une dague d’argent portant le seau familial (… un couteau de rien certainement dégoté au souk deTunis pour 2 dinars…). Et voilà une Japonaise prête à me faire la révérence.
Tremblez mortels.

Enfin, j’ai aussi réussi à faire croire que j’étais une ancienne Yamamba, et quand on sait qu’une yamamba ça ressemble à ça :

…on se dit que l’ingénuité japonaise est comme un puits sans fond.
Je vous rassure, je ne fais pas durer mes mensonges, c’est juste pour le plaisir pur et simple de flouer mon monde. 

(Je rappelle toutefois à ceux qui ricanent que les Français ne valent parfois pas  beaucoup mieux, quand on pense qu’après toutes les conneries que je raconte j’en trouve encore pour gober mes poissons d’avril et que j’ai reçu environ 80 messages d’anniversaires, plus cadeaux et fête surprise cette année alors que ça fait 2X ans que je suis née au mois d’août !! Et vous, vous n’êtes pas Japonais, donc c’est impardonnable.)

Bref, vous l’aurez compris, basez-vous sur du terre à terre, l’implicite et l’imagé seront autant de raisons pour vous faire comprendre de travers et collectionner les malentendus.
Alors si vous n’avez pas envie qu’on vous offre un serre-tête teletubbies le jour de votre anniversaire, évitez l’ironie quand vous en croisez un.

Notons toutefois au passage que les Japonais peuvent s’essayer à la plaisanterie mythomane, mais il y a un jour précis pour cela. En effet, le 1er avril est aussi le jour du mensonge chez eux et ils n’hésiteront pas à vous faire gober une énormité si l’occasion se présente. Une bonne excuse pour se venger impunément les 364 autres  jours…

Vous trouverez parfois quelques hurluberlus (ayant vécu à l’étranger  ou non), amateurs d’humour noir, de sarcasme et d’énormités. C’est rare, TRES RARE,  mais quand vous en trouverez un, ce sera d’autant plus bon et deviendra très certainement un très bon ami. Entre gens de bons goûts, on se soutient.

3. Au final, l’humour japonais, Késako ?

Bon alors, au Japon on ne rit pas du malheur, on ne se moque pas, on n’est pas dans l’exagération de situation, on ne fait pas de blagues cyniques.
Bah alors de quoi ils rient,me direz-vous ?
Je ne saurais faire un chapitre très argumenté car pour être tout à fait honnête, certaines subtilités m’échappent encore. Mais je peux essayer.
Tout d’abord commençons par ce qui est universel :

–          L’ Oyaji-gag

Ce qu’on appelle les Oyaji gag, ce sont les jeux de mots – souvent pourris – qu’on pourrait comparer à un niveau carambar. Ceux qui font plus rire par dépit et pitié pour son auteur qu’autre chose. D’ailleurs, oyaji en japonais ça veut dire « papa » mais plutôt dans la nuance « mon vieux » que « mon papounet ». Donc en gros, l’oyaji gag, c’est la blague que ferait ton père, et dans le cas du mien, c’est dire si c’est pas drôle (j’ai quand même le seul papa qui appelle le site Le bon coin par « le petit coin »… si c’est pas de l’oyaji gag de compétition ça…)

Et comme j’ai très mauvais goût, J’ADORE les oyaji gag. Et c’est là tout le bonheur d’être bilingue, je peux collectionner les bides de blagues au ras du sol dans les deux langues \o/
Je pratique donc quotidiennement l’oyaji gag, mais même quand c’est nul, on me pardonne volontiers car je suis étrangère. D’ailleurs je crois finalement que le fait que je ne sois pas japonaise aide à mon petit succès.

Donc si toi aussi tu veux briller en société nippone, je suis d’humeur généreuse ce soir et vais te donner les clés de gag pourris faciles à retenir qui te donneront gloire et notoriété au pays du soleil levant.

Tout d’abord, quelques notions de japonais.
Au Japon le mot hito人 veut dire « personne ». Utilisé en tant que suffixe, la prononciation change et le caractère se lit « jin » (oui, le japonais est une langue barbare avec des lectures de caractère qui changent selon leurs humeurs).
Par exemple, pour dire une nationalité, on va utiliser le nom du pays + le suffixe jin.
Donc si France se dit « Furansu » et que personne se dit «jin », alors un Français se dit « Furansu-jin ».
Un Américain, America-jin.  Un Africain, Africa-jin.
Bref, peu importe votre pays ou continent, ça finira forcément par jin.
Donc comme vous êtes étranger, on vous demandera fatalement un jour « nani jin ? » (Tu es quoi/ quelle nationalité ? »
Et c’est là que lire mon blog vous sera utile pour faire votre première blague vaseuse en répondant avec aplomb et tout le sérieux dont vous êtes capables :  « ninjin ».

Je vous la refais.
Japonais souriant désireux de faire votre connaissance: « nani jin ? »
Vous, sûr de vous et on ne peut plus sérieux : ninjin.

Maintenant, traduction :
« Tu es quoi ? »
– Je suis une carotte.

………\o/

A vous de voir si c’est drôle ou non, mais avouez que d’un point de vue carambar, ça dépote ! Si la blague en elle-même est nulle, la réaction de votre nouvel ami vaut son pesant d’or. Et un étranger qui fait des blagues pourries en japonais, fera de vous un petit singe savant très drôle avec qui il fait bon copiner.
Dans le même genre, on pourra vous demander « nani za ? », soit « quelle est ton signe astrologique ? », et  ce signe finira forcément par « za ».
Ainsi, Lion se dira « shishi-za », Cancer « kani-za » ou encore Capricorne « yagi-za »etc.
Alors laissez courir votre imagination au ras des pâquerettes pour répondre un truc débile du genre « yakuza », « pizza » ou même « gyôza » et vous pourrez rentrer dans le rang Ô combien convoité des comiques ringards.

Voilà, vous avez les bases pour faire vos propres jeux de mots foireux et êtes enfin prêts à devenir le nouveau Ruquier japonais.
Non, ne me remerciez pas.

–  Shimo neta

Le shimo neta 下ネタ est ce qu’on pourrait traduire par « en dessous de la ceinture ».  Aaah, bah ça oui, les blagues salaces ça, c’est universel, on ne se refait pas.
J’ajouterai toutefois la nuance qu’on en trouve assez peu dans les médias/films/émissions. Du moins, moins ouvertement que chez nous.
L’humour coquin existe bel et bien, mais plus pour des discussions entre amis ou avec un coup dans le nez (et les Japonais sont rarement les derniers pour boire un petit verre…donc vous devriez découvrir rapidement les  joies  de l’humour libidineux).
Vous connaîtrez également le bonheur des blogs sur les carottes ou encore les navets

Comme la nature a été généreuse avec moi et m’a dotée d’une paire de roberts telle qu’on en voit jamais rarement au Japon,  un jour que je me baignais innocemment à la plage dans mon bikini (on met rarement une combinaison de ski pour aller se baigner…), on m’a gratifiée d’un superbe combo oyaji gag/shimo neta en me balançant un très élégant « Opparadise !! » (oppai voulant dire seins…).
Voyez, ils ne font pas dans l’humour noir mais peuvent exceller dans la finesse…

4 – Dans les médias

Pour ce qui est de l’humour dans les médias, le concept du Oneman-show à la Gad El Maleh est inexistant. Les comiques sont très généralement des duos, et sauf erreur de ma part car ça fait déjà un moment que je n’ai plus la télé, c’est dans la majeure partie des duos masculins. Notez que la ville réputée pour ses nombreux humoristes est Ôsaka, souvent décrite comme la ville de l’humour. Et je les rejoins sur ce point, on se marre beaucoup plus avec les gens d’Ôsaka qu’avec ceux de Tôkyô en général. Ôsaka is love.

L’humour qu’on voit à la télé est relativement simple, terre à terre. On va avoir un duo à la Laurel et Hardy, racontant une scène du quotidien et très souvent l’un passe pour le benêt pendant que l’autre le rabroue à coup de tapes sur la tête.
L’humour Japonais est finalement plutôt clownesque, très gestuel.  Dans le visage, dans les mouvements, dans les vêtements. Beaucoup de déguisements, de personnages créés. J’ai l’impression qu’il y a finalement très peu de comiques naturels, ils jouent tous un rôle poussé.
Parfois j’ai l’impression que l’humour japonais a quasi 100 ans de retard sur l’humour européen, à l’époque de nos Charlots et autres. On n’aborde pas les tabous, on reste sur du quotidien, du pas méchant, de la parodie, du mime. J’ai presque envie de dire de l’humour pour enfants.
Comme je n’ai plus la télé depuis deux ans, je ne connais pas trop les humoristes en vogue mais il y a quelques années, j’aimais bien le personnage Hard Gay (de son nom entier Leather Ramon Hard Gay). Comme la plupart des comiques, il avait son propre personnage et lui eh bien… c’était le cliché du Gay mysogine à la Pédale Douce.
Habillé de cuir et court vêtu, il s’incrustait dans des lieux improbables (restaurants, entreprises, écoles…) pour y foutre son bordel, troller à tout va, faire des avances à tout ce qui bouge de masculin et se mettre les bras en croix pour pousser son fameux cri suraigu : « HOOOOOO !!!! »
Ses blagues, principalement basées sur du shimo neta,  font que pas mal de Japonais le trouvaient de mauvais goût et il est aujourd’hui passé aux oubliettes. Bon j’avoue que c’était loin d’être fin mais son « HOOOO ! » est juste magique.
Et puis, c’est le premier comique dont j’ai compris les vannes quand j’étais en deuxième année de Japonais (esprit mal tourné quand tu nous tiens…) et m’a offert mes premiers rires sans sous titres.
Pour ceux qui maîtrisent le Japonais ou la langue de Shakespeare (il y a les sous-titres anglais), voici une vidéo où il accuse YAHOO ! d’avoir volé son « HOO ! » pour leur titre et s’incruste dans l’entreprise pour exiger une collaboration et devenir la mascotte d’une de leurs publicités. Je ne sais pas si ça vous fera rire car c’est assez spécial, mais moi je ne me lasse pas du final.

Bref, je vous choisis un personnage un peu extrême, mais quoiqu’il en soit les humoristes japonais font rarement dans la finesse et surjouent leur rôle à l’extrême, jouant sur le cocasse et le décalé.
Après, il y a certainement quelques humoristes plus subtiles, mais je n’ai  pas encore le niveau pour y accéder…  Une fois (bon c’était il y a quelques années, je ne sais pas aujourd’hui) j’étais tombée sur un humoriste à texte, assis seul sur scène à faire un monologue, et je n’avais strictement rien compris.
On m’a dit une fois qu’on était parfaitement bilingue qu’une fois qu’on était capable de se disputer dans la langue de l’autre.
Je ne pense pas que ce soit suffisant. On est parfaitement bilingue quand on a accès à toutes les subtilités d’une langue et qu’on est capable de rire avec les natifs de certaines blagues sans passer à côté.

Voilà, maintenant vous avez presque toutes les clés pour rires avec vos amis Japonais tout en évitant de les froisser ou… de créer l’effroi sur le net en déclarant que les Japonais entretiennent leurs cafards avec affection…

Le Japon de vos rêves

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Ce soir j’ai décidé de vous emmener loin et de vous vendre du rêve. De vous présenter le Japon comme jamais il n’a été fait parmi tous les sites, magazines ou livres sur le sujet.
Ce soir je vais être underground, et vous parler de ce qu’on ne trouve jamais sur les écrits sur le Japon et qui représente pourtant toute une facette de ce qu’il est.
Nous entrons dans la deuxième partie du moins de juin, les températures sont enfin au-dessus de 25 degrés, malgré la saison des pluies le soleil nous fait l’honneur de sa présence de temps à autre… L’été n’est plus qu’à quelques jours , juillet et août nous offriront leurs joies diverses sous peu.
Et là, amateurs de farniente que vous êtes, vous pensez très certainement vacances, plages, bikini et autre bronzette.

Sauf que vous êtes complètement à côté de la plaque, bande de naïfs.
Certes je vais vous parler d’une particularité estivale japonaise, mais pas de feux d’artifice ni de matsuri. Ne vous ai-je pas dit que j’aborderais une facette peu évoquée ?
Non, aujourd’hui il sera question de cafards.

Oui oui, la bestiole à six pattes dégueulasse avec les antennes là.
Non, l’été japonais ne se passe pas au bord de la rivière Sumida habillé de votre Yukata bon marché déniché à Asakusa ou au sommet du mont Fuji admirant le plus beau lever de soleil jamais vu, ça c’est les sornettes qu’on vous vend pour pas faire chuter le tourisme.
En réalité, l’été japonais se passe  terrorisé au fond de votre chambre, n’osant bouger, face à la Bête.
Car sachez que si vous avez l’insigne honneur de passer sur l’archipel en plein été, il vous sera quasiment impossible de passer au travers.
Ils sont partout.
Partout.
PARTOUT.

Peut-être même là, sous votre chaise au moment même où je vous parle. *musique stridente de film d’angoisse*

…Alors, z’êtes combien à avoir regardé sous votre chaise ?

Si mon entomophobie (phobie des insectes) me rendra peut –être un peu Marseillaise sur les bords avec de LEGERES exagérations, il faut savoir que si ça mérite un poste c’est que je vous parle là de cafards de compétition. Pas de la petite blatte de chochotte qui viendra vous chatouiller les doigts de pieds une fois tous les dix ans dans votre mansarde parisienne délabrée et insalubre pour venir compléter dignement votre panoplie de Cosette.
Non, là je vous parle de cafards d’élevage, du véritable Hulk à six pattes, du vrai visage de Godzilla.
Et pourtant, comme les guides du Japon et les offices du tourisme sont d’incroyables cachotiers et que mon premier voyage s’est déroulé en novembre, je n’aurais jamais imaginé ça avant de venir y vivre.

Voyez, j’ai la chance d’être entomophobe (doublé d’arachnophobie, car oui j’y tiens, l’araignée n’est pas un insecte). Je ne vous parle pas de cette petite peur qui vous fera crier d’une voix fluette en courant vous réfugier dans les bras du premier jeune homme venu, musclé et au sourire ravageur qui pour la peine, trouvera votre réaction tellement mignonne qu’il en demandera votre main sur le champs.
Non non, déjà moi dans mon cas y’a jamais de jeune homme (musclé ou pas) dans les alentours, je vis toujours ma terreur désespérément seule. Et je ne vous parle pas d’une peur, aussi forte soit elle.
Je vous parle d’une phobie au sens maladif du terme. Une angoisse, une obsession.
Il faut savoir que je fais ma vie en fonction des insectes.
Bon déjà je suis con car je les cherche en permanence. Là où vous tomberez dessus par hasard avec effroi, moi je suis toujours à l’affût. Le regard dans les coins de pièces, les branches d’arbres et dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, les bouches d’égout et les recoins sombres.
Tellement angoissée à l’idée de tomber dessus que je ne peux m’empêcher de regarder chaque endroit où ils seraient susceptibles de se nicher…. Donc forcément je tombe dessus.
Je n’ouvre pas mes fenêtres en été et préfère crever de chaud dans la fournaise, je vide mes poubelles tous les jours même quand y’a rien dans mes sacs et que c’est pas le bon jour (houuu, la mauvaise citoyenne), je me gaze toute seule avec mes insecticides me tuant à moitié avec eux et autres comportements ridicules.

Mon plus grand point faible était jusqu’à ces dernières années l’araignée. Enfant du diable à 8 pattes, tissant vicieusement sa toile dans les moindres recoins.
Quand je suis entrée en fac de Japonais, avide de rencontrer l’autochtone, je mettais le grappin (comme tout autre première année avant et après moi) sur absolument tout Japonais en échange universitaire sur nos terres.
Et lorsque par un détour douteux de conversation j’en venais à dire que les araignées étaient de la pire espèce, me rendaient complètement hystérique, provoquant moult crises d’angoisse et autres crises d’asthme, mes joyeux compères bridés renchérissaient d’une même voix « Oh non !! Les cafards sont bien pires ! ».
S’ensuivait alors un débat enflammé araignée vs cafard, la veine sur le front et le poing sur la table (avouez que vous enviez mes soirées étudiantes…).
De mon point de vue, certes les cafards étaient de la pire espèce, mais pour peu qu’on ait un minimum d’hygiène et un bâtiment pas trop négligé et il y avait peu de chance d’être emmerdé.
Impossible pour moi de comprendre pourquoi les Japonais s’entêtaient à dire haut et fort que les cafards étaient le fléau de ce monde quand moi, j’en avais jamais eu un chez moi.
Je restai donc sur mes convictions arachnéennes, filles du Malin.

Puis il y eut Osaka.
Comme le savent ceux qui me connaissent depuis un moment déjà, ma première année au Japon eu lieu en 2006-2007 lors d’un échange universitaire.
Arrivée au début de l’automne, j’ai donc pu conserver ma douce et enviable innocence jusqu’à l’été suivant.
Et alors que l’été 2007 arrive à grands pas, je décide comme à mon habitude, de sortir à 3h du matin en pyjama pour aller faire mes courses. Normal.
Habitant au rez-de-chaussée, je sors et aperçois sans m’y arrêter une énorme tache noire devant ma porte.
Ovale, flirtant les 10cm.
Naïve idiote que je suis, je me dis « tiens, j’avais jamais remarqué que y’avait une tache là ! » et je continue mon chemin le cœur léger.
…Heureux sont les simples d’esprit.

Je reviens de la supérette, la tache n’est plus là.

*replay de la musique stridente de film d’angoisse*

Je n’ose imaginer l’ignoble vérité. Ce n’est pas possible. Je ne peux y croire.
NON.
Je me dépêche d’ouvrir ma porte dans le noir de la nuit en essayant de vérifier que la « tache » ne traîne pas tapie dans le coin, prête à entrer dans mon doux cocon à mon insu. Il fait 30 degrés mais la sueur qui me coule dans le dos est glacée.
Je suis passée près cette fois, mais j’ouvre un peu les yeux sur cette douce réalité que j’ignorais jusque-là. Oui, il existe des bestioles de cette taille. Evoluant dans le noir en plus…

Au début de l’été je pars en voyage quelques jours et reviens fourbue. Flemme de ranger, je laisse ma valise défaite au sol, les affaires mélangées au sol. Trop crevée, je rangerai demain.
Bien m’en a pris…
A 20h je décide d’aller me coucher pour récupérer, mais ce soir-là miyavi passe à la télé à minuit et demi. Et aucune fatigue ne vaut de laisser miyavi seul et abandonné dans mon écran à tubes cathodiques (oui cet épisode remonte à la préhistoire).
Je mets donc mon réveil à minuit vingt cinq pour admirer le passage de Dieu à l’antenne.
Sauf que je ne le vis jamais (sombre histoire que celle qui vous est contée aujourd’hui).
Car ce soir-là, quand je me suis réveillée les yeux lourds mais le cœur léger afin d’accomplir ma destinée de fangirl, tout ce que j’ai vu en allumant la lumière c’est pas le délicieux et délectable miyavi, mais la « tache » matérialisée sous mon nez.
La Bête.
Le Monstre.
Représentation parfaite de tout ce qu’il y a de plus ignoble sur cette terre (plus effroyable que les sourcils d’Emmanuel Chain, puisque je vous le dis).

Je vous épargnerai la crise, la PANIQUE, qui a suivi par la suite, le coaching de mon meilleur ami pendant 40 minutes au téléphone au beau milieu de la nuit pour que j’ai la force de m’habiller et faire les trois pas qui me séparaient de la porte d’entrée, l’exode à plus d’une heure du matin dans les rues d’Osaka à me demander ce que je vais faire et la nuit passée dans un internet café à la recherche d’une bonne âme acceptant de se rendre chez moi dès l’aube pour une opération à la ghostbusters version cafard.

Mais ce n’était que le début de ce que je n’aurais imaginé et qui me pourrit doucement la vie chaque année de fin mai à début octobre.
Les cafards qui entrent chez vous par effraction quels que soient vos efforts pour l’éviter, ceux qui vous filent entre les jambes quand vous marchez tranquillement dans la rue (vécu), ceux qui vous narguent plantés devant votre porte d’entrée attendant gentiment que vous rentriez pour s’incruster (je ne compte plus le nombre de fois où j’ai attendu dans la rue en pleine crise de larmes qu’un passant arrive et fasse fuir l’innommable furoncle pour que je puisse rentrer chez moi), ceux qui vous attendent patiemment dans votre évier le sourire jusqu’aux antennes (vécu, même dans la baignoire…), ceux que vous apercevez furtivement courir sur le plan de travail de la crêperie à laquelle vous venez justement de commander une douceur (vécu…), ceux qui vous réveillent au beau milieu de la nuit car ils fouillent dans vos affaires et que vous entendez vos sacs chuinter à grand bruit dans votre deux pièces(vécu plusieurs fois…)… et j’en passe.
Ceci deviendra votre quotidien estival mesdames et messieurs.
Et essayer de dédramatiser la chose en leur donnant des prénoms de séries américaines comme Brandon ou Callaghan ne changera rien à votre désarroi (oui, j’ai en effet testé toutes les méthodes possibles pour m’en sortir…).

Et comme il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis, je retourne ma veste sans honte. Même si les araignées sauteuses ou vertes et grosses comme le poing qu’on trouve au Japon sont absolument infâmes et me mettent également dans un sale état, ce n’est que du pipi de chat, du caca de poupon, du cracha de lama à côté de leurs foutus cafards.

DOSSIER :

1. La Bête, sa vie, son œuvre

Tout d’abord, aussi allergique que vous soyez au japonais ou toute autre langue étrangère, je vous somme de retenir le nom de la chose en japonais : gokiburi. Prononcez « gokibouli ».
Déjà rien que la consonance est infâme et vous laisse un arrière goût d’enfer sous le palais.
Et comme les Japonais ont un humour encore plus noir que mon prince Jeremy Ferrari, il leur arrive – sous l’emprise de quelques drogues très certainement – de les appeler « goki-chan ».
Et quand on sait que « -chan » est un suffixe qu’on appose après le nom de quelqu’un pour affirmer une affinité ou lui donner un côté mignon, on comprend à quel point ils ont fumé la moquette.
Que Hello Kitty devienne « Kitty-chan », qu’un bébé devienne « Aka-chan », voire que je devienne « Sonia-chan », je veux bien, MAIS UN CAFARD BORDEL DE MERDE ????
C’est quoi votre problème les gars ?
Même Nadine Morano mérite plus un «-chan » qu’une blatte, on est d’accord ou pas ?

Outre son appellation, revenons au plus important : le CALIBRE.
Comme je vous le disais, je vous parle de cafards entraînés pour les jeux olympiques de l’odieux, pas d’un petit moustique à antennes qu’on défonce d’un coup de talon.
Là on dépasse le stade de l’insecte pour passer limite à la catégorie pachyderme.
Si vous avez de la chance, vous tomberez sur des bébés de 2 à 3cm, mais priez pour ne pas tomber sur maman ou papa qui chatouillent joyeusement les 7 à 8cm, voire plus pour les chanceux habitant le sud.
Vif, il se faufile entre vos meubles la carapace luisante et la patte souple, et vous aurez intérêt à l’avoir du premier coup sinon vous êtes quasiment sûr que vous ne l’aurez jamais. Il aura disparu, comme par enchantement, pour revenir vous horrifier au moindre prétexte une fois que vous l’aurez –difficilement- oublié.
Au grand jeu de la chasse entre l’humain nigaud et le perfide cafard, le gagnant est souvent le second. Donc n’hésitez pas à vous entraîner à dégainer prestement votre Baygon en spray de son fourreau, fièrement accroché à votre taille, pour espérer avoir le dessus. (Mettez the eyes of the tiger en musique de fond pendant vos entraînements intensifs, ça devrait aider).

Mais au Japon, il faut savoir que la créature ne se contente pas de vous rendre fou en slalomant avec agilité entre vos arpions… puisqu’elle vole aussi.
Oui au Japon on n’arrête pas le progrès et leur prototype sont un level au dessus des nôtres et ont gagné grâce aux joies de l’évolution d’ignobles ailes. Ils peuvent donc à tout moment vous voler sur la tronche.
Dans sa grande clémence, Dieu m’a épargné jusqu’à ce jour cette inimaginable expérience. Touchons du bois, les autres sont bien assez traumatisantes, merci.
Enfin, l’animal est aux limites de l’immortalité. L’insecticide vous aura coupé le souffle, rendu rouge de suffocation et perforé un de vos poumons avant que cette merde grosse comme votre doigt ne se décide à crever.
Un coup de balais ou de savate équivaut à une petite tape sur l’épaule pour la chose qui, à peine ébranlée, poursuivra sa course sous votre frigo pour revenir vous titiller quand ça lui chantera.
L’écraser ? Bien, mais ne lésinez pas sur le nettoyage après car vous avez une chance sur deux de tomber sur une femelle qui se fera un plaisir de vous pourrir une dernière fois la vie en pondant sur le coup tous ses œufs dans votre chaleureux home sweet home.
Lui arracher la tête pour ne pas l’écraser ? Sachez qu’un cafard peut même vivre sans tête, il finira juste par mourir de faim au bout d’un moment mais cela peut prendre plus d’une semaine et je ne suis pas sure que cohabiter avec le cavalier sans tête de microcosmos vous réjouira forcément.

Terminons sur cette note positive que si sur un malentendu vous avez triomphé de votre visiteur indésirable, un cafard n’est jamais seul et sa petite famille n’est surement pas bien loin. *sourire contrit*

Bref, soyez avertis. La petite bête ne mange peut-être pas la grosse, mais elle saura vous pourrir la vie comme il faut.

2- Les Japonais face au Fléau

Bon alors déjà entendons-nous sur une chose, les Japonais tendent le bâton pour se faire battre. Comme ils aiment collectionner les catastrophes pour s’entraîner pour la fin du monde, ils cultivent cette plaie avec un soin absolument remarquable.
Certes, ils vous endormiront avec toutes sortes de produits derniers cris pour vous faire croire qu’ils cherchent à s’en débarrasser, mais ce n’est qu’un leurre. Il est évident que l’autochtone est de mèche avec la Bête, qu’il l’entretient en offrandes diverses et variées dans le seul et unique but de vous emmerder.

Outre les restaurants ouverts à n’importe quelle heure du jour et de la nuit sur chaque cm² de la surface japonaise qui n’aident pas, les Japonais ont la FACHEUSE coutumes de déposer leurs poubelles parterre dans les rues.
Certes, les jours de ramassage des poubelles sont censés être fixes et la sortie des poubelles ponctuelle, mais au final on trouvera quand même les poubelles de monsieur et madame tout le monde dans les rues tous les jours.
Et un tas d’ordures, de restes de bouffe en tous genres donnés en pâture à la sortie des bouches d’égout c’est l’équivalent d’un autel rituel garni d’offrandes pour faire revenir son dieu maudit des enfers ou je ne m’y connais pas.
Et quand – comme moi – vous avez un voisin complètement abruti qui s’amuse à attendre le jour des poubelles en déposant les siennes non pas à l’endroit prévu à cet effet dans la rue, mais juste devant sa porte (soit à 2 mètres de la mienne), vous avez des envies de meurtre qui dépassent de loin le génocide de cafards.

Comme si c’était déjà pas assez drôle de les attirer en dehors de leurs souterrains nauséabonds avec des poubelles-buffets-à-volonté, les architectes japonais ont décidé de pimenter la chose en faisant en sorte d’offrir tous les interstices possibles au gêneur. Par exemple votre boîte aux lettres sera très souvent une simple fente dans votre porte d’entrée, donnant directement de l’extérieur et ses dangers à votre douce demeure.
COMME C’EST COMMODE.

N’oublions pas de nombreuses bouches d’aération donnant directement sur le dehors et autres trous en tous genres qui n’ont l’air d’exister que dans le simple but de transformer votre appart en squat à cafards.
Tout pour vous faire sentir impuissant et paranoïaque.
Encore une fois on essaye de vous faire croire que l’on est de votre côté en posant une moustiquaire aux portes coulissantes de votre balcon, mais ce n’est qu’un faible barrage puisqu’elle ne couvre pas toute la largeur de votre balcon et qu’il est donc facile de passer entre la moustiquaire et la porte en passant par les côtés. Ouvrir votre balcon sous prétexte que vous avez une moustiquaire n’est qu’un leurre, si une bestiole est décidée à taper l’incruste, elle viendra et puis c’est tout.

Enfin, qu’ils craignent ou non, les Japonais auront toujours des FABULEUSES histoires de gokiburi à vous raconter afin d’alimenter votre psychose.
La foi où untel s’est réveillé avec un cafard sur le visage (joies du futon…), la foi où il a écrasé la bête et qu’elle a pondu ses mioches en ultime revanche…
Les pires étant très certainement les histoires d’Okinawa (vous savez les îles tropicales vendues comme des plages paradisiaques ?) qui est manifestement un nid de la pire espèce. Des mastodontes de 10cm volant entre vos têtes lors d’une balade romantique sur la plage…
La dernière histoire en date qu’on a raconté à une de mes amies en échange universitaire à Okinawa a été «Méfie toi, à Okinawa les cafards sont tellement horribles que rien que si tu manges un ramen et que tu t’essuies pas le visage après avoir mangé, ils peuvent te voler sur le coin de la bouche attiré par l’odeur ».

Ca vous laisse rêveur n’est-il pas…Bref, le fait est que si je rêve d’aller moi aussi à Okinawa, je n’y foutrai JAMAIS, AU GRAND JAMAIS  les pieds en été.

En gros, les Japonais sont fourbes : ils ont tout organisé pour les attirer dehors, leur donner plein de portes d’entrée chez vous et enfin viendront mettre de l’huile sur le feu de votre névrose.

Voilà, vous êtes seul contre 127 millions de Japonais et des milliards cafards quasi invincibles manifestement tous ligués contre vous, et votre maman est à 10000 bornes et ne peut rien faire pour vous.
Maintenant que vous êtes conscient de la réalité et ses dangers, on va pouvoir parler sérieusement.

3. Survivre.

Alors comment on fait quand on est entomophobe et qu’on se retrouve dans la fosse aux lions cancrelats.
Déjà on pleure. Beaucoup. Et on regrette d’avoir eu un coup de cœur pour ce pays si ingrat.
Ensuite on dort peu. Parfois la lumière allumée car on sait qu’ils n’aiment pas ça. Parfois avec de la musique dans les oreilles, pour ne pas entendre un froissement de sac ou autre bruit suspect.
Vous qui étiez bordélique 8 sur l’échelon d’un candidat de secret story (et tous ceux qui auront regardé l’émission en secret se souviendront dans quel état ils mettent leur maison et comprendront de quoi je parle) deviendrez maniaque. Votre appartement pourra ressembler à une maquette de l’apocalypse en hiver, dès que la température dépassera les 20 degrés il sera irrémédiablement rangé, astiqué et vidé de toutes poubelles à la seconde.
Vous prendrez tous les remèdes de grands-mères au pied de la lettre « les gokiburi n’aiment pas l’odeur de la menthe », « la lavande les repousse »(j’ai d’ailleurs une amie japonaise qui fait pousser de la lavande sur son balcon pour la peine…) et autres.
Vous éviterez malgré vous de manger chez vous pour avoir le moins de choses possibles susceptibles de les attirer. Vous vous direz que vous êtes marteau et que votre phobie va trop loin, puis apprendrez avec effarement qu’un autre expatrié à Tôkyô fait exactement la même chose et que vous n’êtes peut-être pas si tarés (ou alors on est au moins deux…).
Enfin, vous passerez des heures au rayon gokiburi de chaque pharmacie ou supérette (car oui, en France si les crèmes solaires font les devantures de magasins, ici c’est les pièges à cafards) et découvrirez qu’il existe mille et un produits selon votre profil de lutteur anti-cafard.

Vous ne supportez pas l’idée de le ramasser et le sentir, énorme entre vos doigts, après l’avoir tué ? Un spray gélifiant qui l’enveloppera dans une boule de gelée fera l’affaire.
Vous ne vous sentez pas de les affronter en face à face ? Des bouteilles de gaz toxique à mettre en branle dans votre chambre le matin avant de quitter la maison jusqu’au soir feront fuir absolument toute forme de vie.
Vous aimeriez bien essayer de prévenir plutôt que guérir ? Des pièges contenant des sucreries empoisonnées les attireront, les déviant de leur trajet vers votre jolie maison. Poisons qui tuent généralement les œufs avec, et jusqu’aux autres cafards grâce aux selles du cafard contaminé (je vous avais dit que je vous ferais rêver avec cet article).
Vous êtes traditionnel et préférez le bon vieux spray ? Des sprays, tellement forts qu’ils n’hésiteront à vous tuer avec , devraient répondre à vos attentes. Certains font double spray pour agrandir l’angle d’attaque et prévenir la rapidité de mouvement du cafard. D’autres seront équipés d’un spray en forme de petite baguette d’un vingtaine de centimètres pour viser à distance et atteindre le fuyard jusque dans les plus étroits interstices.
Vous n’aimez pas l’idée de faire mal à la pauvre bébête et vos poumons avec ? Il existe des moyens presque naturels avec des sprays de froid, crachant un air à -85°C qui figera la bête à la seconde et vous permettra de vous en débarrasser en toute tranquillité.
Bref, les magasins ne manquent pas de produits et trouvailles en tous genres, et certaines ont l’air un minimum efficaces (à voir quand même sur le long terme…).

Après il est évident que le logement reste un facteur essentiel et que vivre au rez-de-chaussée est synonyme d’invasion. Plus vous habiterez haut et plus vous augmenterez vos chances de vivre un été tranquille.
Malheureusement… Les agents immobiliers ne sont pas fous et savent que les logements en hauteur sont prisés et plus vous habiterez haut, plus vous payerez cher.
Pauvresse que je suis et n’ayant pas compris/su au début que l’étage jouait un rôle principal dans cette quête de la vie sans cafards, mes trois premiers logements Japon étaient situés au rez-de-chaussée. Je n’avais pas compris que si je payais 100 euros moins cher pour exactement le même appartement c’était qu’il y avait anguille sous roche.
Ou baleine sous gravillon.
Ou cafard sous cuisinière.

Aujourd’hui j’ai évolué socialement alors je suis presque au deuxième étage, waouw (le rez-de-chaussée est à moitié en sous-sol donc le premier étage est à peine surélevé…) mais le fait est que ça ne suffit pas, d’autant plus que la montée à mon étage se fait par un escalier extérieur et que rien n’est fermé.

J’ai donc décidé de devenir riche d’ici l’été prochain et de déménager en 2013 au moins au dixième étage d’une tour neuve et dont la porte d’entrée donne sur un couloir intérieur et non extérieur. Quitte à payer le double d’aujourd’hui pour une cage à lapins.
La psychose n’est plus possible, je ne supporte plus ces étés à fleur de peau à angoisser.
Donc si vous craignez les bébêtes et que vous avez la chance de ne pas être à quelques yens près, n’hésitez pas à prendre un logement en hauteur.
Certes, en hauteur les tremblements de terre sont nettement plus intenses, mais je préfère affronter ça qu’ un cafard. Et c’est quelqu’un qui a cru crever le 11 mars qui vous le dit.

Pourquoi un pavé sur les cafards ce soir alors que je vous promets depuis des mois un post sur mon premier baito ?

Parce qu’il commence à faire chaud, que l’heure des cafards est venue.
Et alors que j’ai jusqu’ici été tranquille dans cet appart, là je viens d’en avoir 2 en moins de deux semaines.
Un le soir où je suis revenue de France venu bien aimablement me souhaiter la bienvenue au pays et un ce matin. Bien que j’avoue que celui de ce matin je ne l’ai pas vu, c’est mon amie qui a emménagé avec moi récemment qui lui a fait son compte au réveil, prenant sur elle et en silence pour ne pas que je psychote. Sauf qu’en bonne phobique, je suis aussi paranoïaque et qu’au changement de place de certains objets stratégiques, j’ai compris de suite qu’il y avait eu bataille dans mon dos.
Le fait est qu’on a de la chance jusque là, la saison commence à peine et on a eu droit à des petits ne dépassant pas les 3cm (bon, moi ça me suffit pour faire des crises d’angoisses qui terminent en crises d’asthme, mais je parle de chance dans le sens où c’est un format que ma coloc arrive encore à gérer). Mais le fait est que ça fait deux en pas longtemps, et que j’en ai gazé un autre petit à un mètre de ma porte il y a 3-4 jours.
Ce qui veut donc dire qu’il y a nid pas loin.
Et petits deviendront grands.

Et sur cette horrible réalité qui m’atteint en plein visage comme une bonne grosse baffe de mon imposant papa après bêtise, il s’avère que mon amie rentre en France pour trois semaines pas plus tard qu’après-demain.
Me voilà donc seule et terrorisée à un point que vous n’imaginez même pas.
Et alors que je viens de passer la soirée à mettre du chatertone sur tous les interstices suspectes et dépenser plus de 40 euros de produits en tous genres pour me rassurer, le fait est que je me sens seule comme jamais avec toutes mes munitions.
Puisqu’ il me manque l’arme principale : le mental.
J’envie tout imbécile heureux qui me répondra d’un air dédaigneux « ça fait pas de mal, ça pique même pas, même si tu le chopes dans tes mains ça te fera rien du tout, tu vas pas crever ».
Chanceux est celui qui ne connaît pas la phobie, aussi irrationnelle soit-elle.

Rions mes bons, la saison de la psychose a commencé.

Nostalgie et génèse de ma carrière…

Comme raconté hier sur la fanpage, je reviens d’un petit séjour en France.
Occasion bien entendu de retrouver famille, amis, pain, fromage et kilos superflus, mais aussi en bonne geek que je suis, de fouiller mon vieux PC resté au bercail et retrouver des vieilleries collector à mes yeux.
Dont celles qui vont suivre que j’ai envie de poster ici par nostalgie et aussi parce que finalement elles font partie des choses qui, de fil en aiguille, m’ont amenée à venir en chier comme une morue sur mon île d’Extrême-Orient.

Quelques-unes des personnes qui me lisent ici et qui me « suivent » depuis quelques années, le font depuis mon site sur miyavi, mais il faut savoir qu’avant de me jeter à corps perdu dans ce site de traduction sur lui, un autre site avait volé mes nuits de sommeil pour la rédaction d’articles en tous genres… (à cette époque lointaine où j’étais encore régulière dans mes mises à jour… car si, c’était au siècle dernier CERTES, mais j’ai été un jour régulière).

Et donc je faisais un site… sur Sailor Moon. xD
Mon premier site, mes premiers pas sur la toile.
Non, je ne vais pas jeter ma fierté aux orties en vous montrant mes premières pages web ( j’ai quand même un minimum d’amour-propre…) mais une petite création de mon cru qui m’a fait beaucoup sourire quand je l’ai revu.

Sailor Moon ayant bercé (obnubilé ?) mon enfance, j’ai été nostalgique avant l’heure en me replongeant dans les épisodes vers l’âge de 15 ans, et me suis lancée dans un site sur le sujet quelque temps plus tard pour m’occuper. Oui, il y a des ados qui fument et font le mur pour aller en boîte, d’autres qui essaient d’apprendre le html pour faire des sites sur Sailor Moon… à chacun sa rébellion.
Un site fournissant toutes les infos que je pouvais trouver, faisant des études comparatives entre les versions japonaise, française et américaine (qui si, changent du tout au tout à vrai dire, bonjour censure), expliquant certains aspects de la culture japonaise à travers les thèmes abordés dans les épisodes (Shintoïsme, O-hanami, Tanabata et j’en passe), sujets qui petits à petits m’ont éloignée de Sailor Moon pour me donner de l’intérêt pour le Japon en général qui de fil en aiguille m’a menée en fac de Japonais, jusqu’à tout lâcher pour vivre là-bas.
Evidemment, je ne dirai pas que je suis venue au Japon pour Sailor Moon, ce serait complètement faux et réducteur puisque le monde des animés et manga ne me touche plus beaucoup, mais il est indéniable que ça a largement influencé ma vie et mes centres d’intérêt pour la suite.

Ce site m’occupait pendant des heures, des nuits, des semaines… Je regardais les épisodes en quête d’un nouveau sujet, de la faille, des pépites à pleurer de rire du doublage français… et je ne m’en lassais jamais.
Du pain béni quand la série télé fut tournée quelque temps plus tard, une succession de scènes plus mal jouées les unes que les autres et entraîna mon amour douteux pour les dramas asiatiques.

Parmi les vieux fichiers stockés sur mon ordinateur, je me suis aussi rappelée l’organisation que j’avais faite des  « Bidons d’Or », reprenant justement ces scènes, et j’ai retrouvé dans mes dossiers collectors celle qui avait reçu la palme par mes visiteurs et que je vous reupload pour l’occasion, elle mérite :

Avouez qu’avoir les lunettes fendues quand on se fait pourfendre le DOS, c’est fantastique… \o/

En plus des divers résumés, commentaires et autres, j’aimais bien organiser des concours et jeux sur mon site avec des trucs à gagner. Des marques pages ou calendriers Sailor Moon faits maison, etc.… et des vidéos !

Et j’ai retrouvé l’une de ces vidéos « cadeau » que j’avais faite.
Je m’en souviens comme si c’était hier, j’avais fait un quiz, et si on avait 100% de bonnes réponses on obtenait un mot de passe pour accéder à une page où la vidéo était téléchargeable.
Evidemment, c’est une vidéo que j’ai fais il y a plus de 10 ans, avec mon âme de gamine, utilisant des surnoms qui me font honte  rire aujourd’hui et  la toute première version du logiciel Windows Movie Maker et la qualité est abominable(encore plus sur dailymotion d’ailleurs)…
Donc  ça n’a rien d’un chef- d’œuvre, mais ça m’a rappelé tellement de choses de la retrouver que je la mets, en souvenir de mon enfance Sailor Moon et de nos bonshommes en papier, et aussi pour les quelques personnes qui m’ont connue à l’adolescence via ce site, qui  sont devenues mes amies, mes meilleures amies, ont grandi avec moi et sont toujours là aujourd’hui, 10 ans plus tard.

Et aussi parce que ça fait partie de ma bulle aux merveilles, voici un montage foireux de deux minutes, part essentielle de mon adolescence.


Reportage : Les fringues de Bourdu par Meleika

Intellectuel n’est-ce pas ? ha ha
Mais tellement nostalgique.
J’aimerais tellement retrouver le temps et la passion pour me redonner à 300% dans un site comme celui là ou celui sur miyavi. Ne serait-ce que pour les rencontres et échanges incroyables que ça entraîne. J’ai lancé un nouveau site dernièrement dans l’espoir de recréer ça, mais toujours ces problèmes de temps que je n’ai pas, c’est énervant.
Quand j’y repense, ça me manque vraiment et vivement le jour où je pourrai me redonner à fond dans quelque chose.

Voilà, un post un peu mièvre et personnel ce soir, mais je fais ce que je veux, je suis chez moi ici. Nan mais oh ! è_é
 Je reviendrai un peu plus piquante, moqueuse et française perdue au Japon la prochaine fois.

Ah, et si vous croyiez qu’il était impossible d’allier le grand Gainsbourg à Sailor Moon, sachez que si c’est possible, et je vous le prouve avec une autre vidéo de mon cru de l’époque.

Et pour ceux qui se posent la question… oui, je n’avais vraiment que ça à faire, et NON, on a jamais su où ils avaient pêché le nom BOURDU, raaah !

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